Chalet Moraine : une architecture enracinée dans le paysage et la mémoire des Laurentides Photos : Félix Michaud

Appareil Architecture présentait récemment une résidence contemporaine enracinée dans le paysage et l’héritage architectural des Laurentides. Le projet met en tension patrimoines naturel et culturel, géologie du lieu et expérimentation architecturale afin de créer une intervention à la fois respectueuse et résolument contemporaine. La firme montréalaise a imaginé cette résidence comme un refuge contemplatif. Construite entre 2024 et 2025, elle s’inscrit avec sensibilité dans son paysage.

Destinée à un couple établi sur le site depuis plusieurs décennies, le Chalet Moraine prend appui sur le riche patrimoine de villégiature de la région pour développer une réflexion sur l’habiter. C’est avec retenue que les architectes ont composé avec une superficie restreinte. Les propriétaires ne voulaient pas augmenter l’emprise du bâtiment sur un milieu naturel fragile – et les dimensions au sol devaient respecter celles de l’ancien chalet. Ils souhaitaient par ailleurs une implantation en retrait de la rive et à l’abri des regards depuis le lac. Le site comportait auparavant un chalet aménagé vers 1990 sur les bases d’une structure des années 1960, mais son état et des fondations inadéquates ont conduit les propriétaires à envisager une reconstruction complète.

Une implantation sensible dans un site d’exception

Situé en bordure d’un lac des Laurentides, lieu de villégiature depuis plus de 120 ans, le Chalet Moraine se trouve au cœur d’un paysage marqué d’une forte tradition de chalets en bois rond et par la présence de blocs erratiques dans les boisés environnants.

Jacques Robert, historien de l’architecture, rappelle, dans un texte de 2025 : « Lors d’une visite du site, les clients insistèrent auprès des architectes sur les caractéristiques du cadre naturel et bâti du milieu environnant qu’il conviendrait de respecter (…) notamment l’existence autour du lac de nombreuses loggies (…) reconnues aujourd’hui comme un élément patrimonial distinctif du secteur. »1 Ces maisons en rondins, construites depuis les années 1930, constituent un référent majeur du projet, tout comme le paysage géologique unique qui donne son nom au projet.

Relecture contemporaine du vernaculaire

Le Chalet Moraine s’appuie ainsi sur une relecture contemporaine d’archétypes familiers. Le bâtiment adopte une forme simple et essentielle tout en misant sur la retenue dans le geste architectural. D’emblée, la forme générale du bâtiment retient l’attention : un plan en rectangle ancré près du sol et surmonté d’un toit à deux versants.

Il s’agit, à première vue, de la maison archétypale ; celle que les enfants dessinent spontanément ou encore celle que nos ancêtres construisaient en rondins il y a cent ans. Toutefois, en y regardant de plus près, cette apparente simplicité révèle une composition spatiale d’une grande sophistication.

Cette familiarité est en effet transformée par une série de gestes architecturaux affirmés. De grandes lucarnes, par exemple, revisitent un élément traditionnel québécois. Le projet conjugue ainsi continuité et rupture, en évitant toute reproduction littérale du passé. Comme le souligne encore l’historien Jacques Robert, ce projet établit un dialogue entre respect du patrimoine et contemporanéité. 

Une expérience spatiale inspirée du paysage morainique

Au cœur du projet se trouve une autre idée forte : transposer l’expérience du paysage dans l’espace habité. Inspirés par les blocs rocheux du site, les architectes ont conçu l’intérieur comme une série de volumes indépendants :

« (…) les blocs (…) constituent des volumes détachés de la structure (…) perçus (…) comme un rappel des blocs erratiques qui parsèment le site. »

Ces volumes structurent la circulation et multiplient les perspectives. L’espace oscille entre compression et ouverture, créant une expérience sensorielle riche :

« À l’intérieur, le regard percevra l’écart entre les zones comprimées au centre de la maison et celles ouvertes, vastes et lumineuses qui les flanquent. »2

Les circulations, orientées vers l’extérieur, instaurent un dialogue constant avec la nature. Chaque déplacement rappelle celui que l’on effectue en forêt, entre arbres et rochers, renforçant le lien entre architecture et territoire.

Des détails qui renforcent le rapport avec le lieu

Le projet accorde une attention particulière aux détails, qu’ils soient formels, constructifs ou symboliques :

  • Un mur à claire-voie ponctué d’un élément peint en rouge évoque subtilement les extrémités colorées des rondins traditionnels, un motif emblématique que l’on retrouve notamment au Château Montebello conçu par Victor Nymark.
  • Les bancs intégrés aux fenêtres rappellent les espaces de repos typiques des chalets en bois de la région ;
  • Les proportions, alignements et décrochés sont soigneusement calibrés pour créer un équilibre visuel et spatial.

Les lucarnes imposantes offrent également une nouvelle relation au paysage. Ici, le recul important de l’ouverture vitrée dégage un petit espace extérieur qui devient l’une des signatures du projet.

Le Chalet Moraine a été construit par l’entrepreneur Gestion Séquence, une entreprise familiale active dans la région depuis les années 1940. Francis Lalonde, président, est le petit-fils du fondateur et a travaillé sur le chantier avec son père Luc et une équipe de passionnés. Pour l’entrepreneur, « la construction fut accompagnée de bien des défis et notamment ceux liés à l’absence de murs porteurs aux deux étages principaux ».

Gestes architecturaux distinctifs

Le chalet Moraine se distingue par une série de gestes architecturaux audacieux, d’une grande finesse conceptuelle malgré l’échelle modeste du projet.

À l’intérieur, des matériaux clairs d’origine locale contrastent avec les façades extérieures plus sombres, tandis que de larges lucarnes réinterprètent un motif traditionnel de l’architecture canadienne. Un jardin de type tsuboniwa, à mi-chemin entre intérieur et extérieur, brouille volontairement les limites entre l’habitation et son environnement.

L’organisation spatiale privilégie l’ouverture et la continuité. La réduction des cloisons, la généreuse hauteur sous plafond à l’étage, les murs qui ne rejoignent pas les plafonds ainsi que la répétition d’axes visuels dégagés contribuent à une expérience fluide et cohérente.

Le salon, conçu comme une extension de la chambre principale, évoquant l’organisation spatiale d’une suite hôtelière, ainsi que la présence d’espaces polyvalents — dont une pièce multifonction servant aussi de chambre d’amis — contribuent à une expérience résidentielle à la fois intime et fluide

Une vision contemporaine de l’habitat québécois

Pour Jacques Robert, le Chalet Moraine s’inscrit dans une démarche qui dépasse les modèles résidentiels standardisés et témoigne d’une véritable architecture de création. Le projet illustre ainsi la volonté d’Appareil Architecture de concevoir des lieux profondément ancrés dans leur contexte, où mémoire, paysage et qualité spatiale se rencontrent dans une expression contemporaine.

« Nous avons abordé ce projet dans une logique de retenue, où chaque geste devait être justifié et porteur de sens. L’idée n’était pas d’en faire plus, mais d’en faire moins, de manière plus précise. En réduisant les moyens architecturaux au strict nécessaire, on permet à la lumière, au paysage et aux usages d’occuper pleinement l’espace et de faire l’essentiel du projet. », mentionne l’architecte Kim Pariseau, fondatrice d’Appareil architecture.

 

Notes

1 Jacques Robert, Le chalet Moraine. Lecture du paysage, lien avec l’histoire et création d’expériences architecturales, manuscrit inédit, août 2025, 38 p.
2 Jacques Robert, Ibid.

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