Retisser la ville Marc Cramer

Mise en lumière par le photographe Marc Cramer, l’architecte Gary Conrath nous décrit en ses mots une réalisation architecturale inspirée de l’esprit du lieu.

Négligée et délabrée, une structure centenaire a dû être démolie à l’intersection des rues Laval et Duluth (Montréal). Alors s’est présentée une occasion d’intervenir et de revigorer ce secteur urbain tout à fait remarquable.

L’espoir du nouveau projet était de le faire naitre selon l’esprit de ce lieu, ses origines et la caractérisation identitaire unique des rues Duluth et Laval. La rue Laval est immédiatement reconnaissable pour ses maisons historiques modestes, mais richement détaillées. Si les attributs de chaque demeure sont distincts, elles partagent un langage commun qui définit l’époque victorienne. Ensemble, elles forment une perspective urbaine notable qui conduit vers le sud jusqu’au Collège Mont Saint-Louis, édifice dominant du quartier. La rue Duluth, artère plus discrète, possède comme qualité première une ambiance de ruelle. D’est en ouest, elle lie le parc Lafontaine au parc Mont-Royal.

Photo : Marc Cramer

Saisissant surtout, la prédominance de l’architecture de ces rues s’affiche pleinement sans filtres. Les façades résidentielles se dressent fièrement en bordure du trottoir. Chaque maison participe pleinement avec sa parure de pierre, brique, bois et métal. L’environnement qui en résulte est intime, total et infusé d’une touche humaine.

Le design du projet réaffirme ces qualités d’une ère révolue en s’abreuvant d’un langage architectural contemporain. Les plans des façades s’avancent et reculent légèrement pour émuler les marges minimales et les dimensions des lots du voisinage. Plusieurs tonalités de brique rouge s’entrecroisent pour former un tissu de tweed en maçonnerie. Les balustrades affichent leur dessin de chardon.

Photo : Marc Cramer

Contenu par une enveloppe dont le langage architectural est formel, classique et rigoureusement détaillé, l’édifice présente huit espaces de vie d’une diversité insoupçonnée. Les configurations spatiales intérieures varient d’un à trois étages, de format studio à deux chambres, et trois unités bénéficient d’une pièce sur toit avec terrasse. 

Faisant référence aux maisons historiques, dont les qualités particulières de chacune contribuent à créer une réalité stylistique cohérente, les nouveaux condominiums s’entrelacent à l’intérieur d’un manteau de brique soigneusement confectionné dont les proportions s’abreuvent du lieu environnant. Autrefois déchirée, l’étoffe urbaine est de nouveau retissée.

Photo : Marc Cramer

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