L’art au cœur du CHUM Vue générale du CHUM – Photo : Adrien Williams

À lui seul, le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a coûté 3,1 milliards de dollars (3,6 milliards de dollars avec le Centre de recherche – CRCHUM), libérant une somme de 5 millions pour la création d’œuvres intégrées à l’architecture (loi du 1 %). Une véritable manne. En plus des quatre œuvres du CRCHUM, dix réalisations supplémentaires ont été installées dans les pavillons de la phase 1. Trois autres créations se rajouteront à la fin de la phase 2, prévue pour 2021. En tout, 17 œuvres seront intégrées au nouveau CHUM, qualifié du plus grand complexe hospitalier en Amérique du Nord. L’hôpital de 772 chambres abrite désormais la plus importante concentration d’art public à Montréal.

La création des deux mégahôpitaux universitaires à Montréal, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM, 2014) et le CHUM, 2017, a permis la réalisation d’un nombre inégalé d’œuvres d’art public. En réunissant les deux complexes de santé, l’on retrouve 28 œuvres dont certaines atteignent le budget d’un million de dollars.

Contrairement au CUSM qui occupe le terrain d’une ancienne gare de triage, le CHUM est construit à l’intérieur d’un quadrilatère restreint du centre-ville de Montréal. Ce facteur fait en sorte que les enjeux reliés à l’intégration d’œuvres d’art au CHUM se posent différemment qu’au CUSM. Aux sculptures flamboyantes et signalétiques du vaste site Glen (Linda Covit, Michel Saulnier, Cooke-Sasseville) se déploient au CHUM des œuvres à caractère plus intimiste et, en général, de format plus réduit (Karilee Fuglem, Jean-Philippe Roy, Klaus Scherübel, Henri Venne). De même, l’exiguïté du terrain du CHUM et son emplacement en zone urbaine densifiée ont favorisé l’utilisation de la vitrine sur rue ou du mur-rideau comme support artistique. C’est le cas du duo Doyon-Rivest qui a conçu l’œuvre phare du nouvel hôpital : La vie en montagne.

Œuvre phare du CHUM conçue par le tandem Doyon-Rivest intitulé La vie en montagne. La pièce réalisée par un procédé d’impression sur verre recouvre 2 610 mètres carrés de l’une des façades du CHUM, rue Saint-Denis. Photo : Adrien Williams

Cette création est l’intervention sur verre la plus importante dans l’histoire québécoise de la politique du 1 %. Imprimés selon la technique d’impression à encre vitrocéramique, 15 000 mots, dessins et pictogrammes forment 5 représentations en tondo de montagnes. Trois d’entre elles sont exécutées à l’endroit et 2 à l’envers. Visible de l’intérieur et de l’extérieur, la pièce de 2 610 mètres carrés couvre 8 étages de l’immeuble principal, rue Saint-Denis. Sur le plan symbolique, la montagne incarne pour les auteurs la durée, les défis à relever, mais aussi la spiritualité. Dans toutes les religions, notent-ils, la montagne est présente. Elle peut signifier autant la stabilité que l’immutabilité, l’ascension et la quête de soi. À remarquer également la représentation électrocardiographique du cœur vivant dans le dessin stylisé des montagnes. Cette analogie se veut un instantané de vie, le reflet électrique du parcours du cœur, organe vital de la biologie humaine.

Imaginée par Nicolas Baier, l’œuvre Ligne de vie s’intègre à une balustrade traversant le rez-de-chaussée du CHUM sur 180 mètres. Grâce à des lumières DEL et un dispositif numérique, l’ouvrage simule en quatre minutes le parcours en mouvement d’un électrocardiogramme. Photo : Christopher Barrett

L’électrocardiogramme comme métasymbole médical caractérise également l’œuvre de Nicolas Baier intitulée Ligne de vie. Sur une longueur de 180 mètres, un trait lumineux en mouvement s’intègre à une balustrade. Le tracé de lumière traverse en quatre minutes différentes aires du rez-de-chaussée de l’hôpital. Le spectateur suit le dessin qui simule sur son passage une ligne de vie. La reproduction du signal lumineux est générée grâce à des lumières DEL disposées à l’arrière d’une longue toile blanche recouvrant le bandeau architectural. L’idée est intéressante. Sur le plan symbolique, la ligne de cœur devient une ligne de vie symbolisant les multiples mutations de la destinée humaine. Bien qu’élaborée à partir de matériel électronique, l’œuvre est d’une grande sobriété. Le tracé lumineux blanc se confond avec la couleur blanchâtre de la surface de la balustrade. Le spectateur doit être attentif, car le parcours du dessin est rapide et furtif.

La résonance des corps, une installation sonore de Catherine Béchard et Sabin Hudon dans le clocher conservé et restauré de l’ancienne église Saint-Sauveur. Photo : Adrien Williams

Une autre œuvre se distingue par son originalité et son innovation : il s’agit de La résonance des corps de Catherine Béchard et de Sabin Hudon. Première œuvre sonore dans l’histoire de la politique d’intégration des arts depuis 1961, l’installation prend place dans le clocher sauvegardé de l’église Saint-Sauveur. Elle se compose de trois sculptures en aluminium qui agissent comme résonateurs. Derrière elles sont dissimulés des haut-parleurs diffusant des sons grâce à un dispositif électronique et audio multicanal. Les courbes et les ondulations des trois sculptures émettrices représentent le mouvement des ondes sonores qui se propagent dans l’espace. L’œuvre prend en compte l’essence de l’endroit, les subtilités acoustiques provenant de son architecture, son espace, ses volumes et de sa matérialité. Dans ce nouveau lieu, la forte résonance des cloches du passé cède le pas à l’émission de sons subtils, aériens faisant écho à la vocation de recueillement de l’institution.

Cinq structures en béton coloré et perforé laissent percevoir la lumière de milliers de fibres optiques. L’œuvre titrée La traversée des lucioles a été produite par Louise Viger et fait écho avec l’architecture intérieure du complexe hospitalier. Photo : Adrien Williams

D’autres réalisations sont à mentionner dont La traversée des lucioles de Louise Viger, artiste maintenant décédée. Fabriquée de cinq structures étagées de béton bleu, l’œuvre aux multiples perforations contient en ses volumes des milliers de fibres optiques lumineuses. L’ouvrage se veut un rappel des lucioles utilisées comme éclairage par Jeanne Mance dans la première lampe d’autel au début de la colonie. Cofondatrice de Montréal, elle crée en 1645 l’Hôtel-Dieu. L’œuvre rend hommage à cette grande pionnière, à cette bâtisseuse émérite et première infirmière laïque au Canada. Agencée en angles inégaux et en hauteur, la composition impose une dynamique en harmonie avec l’architecture intérieure.

L’une des sept sculptures-bancs de Cynthia Dinan-Mitchell installée dans l’un des espaces dédiés aux visiteurs. Photos : Christian Brault

Soulignons également les 14 sculptures-bancs réalisées par deux différents créateurs et réparties principalement dans les espaces des visiteurs du 8e  au 17e  étage. Intitulés Néo-baroque, les sept bancs de Cynthia Dinan-Mitchell sont fabriqués en aluminium brossé et ajouré et certains d’entre eux illustrent des motifs de plantes du Québec. En ce qui a trait à Yannick Pouliot, son œuvre Confort moderne propose une série de bancs sans dossier recouverts de verre trempé laissant percevoir des tissus d’inspiration anglaise. Libre aux personnes de s’y asseoir ou de les contempler.

Une autre réalisation, l’œuvre processus de Yann Pocreau, mérite une attention particulière. Elle propose un corpus d’œuvres liées au contexte du chantier, à son architecture ainsi qu’à l’impact sur ses usagers. En découlera un livre, des photographies, des ateliers performatifs, des expositions et des expérimentations lumineuses. Ce type d’intervention artistique, qui se terminera en 2021, permettra de laisser une trace pérenne et vivante de ce grand chantier hospitalier.

 L’œuvre processus de Yann Pocreau. Photo : Jean-Michel Seminaro – Graphisme : Marie Tourigny

L’art et le CHUM

En plus des œuvres intégrées à l’architecture, le CHUM vise à accentuer en ses murs la présence de l’art sous toutes ses formes. C’est pourquoi sous l’impulsion de l’ancien directeur, Christian Paire, le CHUM adopte dès 2010 une politique culturelle dans sa mission de santé. Notons qu’en France, une telle politique est maintenant obligatoire pour l’ensemble des hôpitaux de l’Hexagone. Elle repose sur deux éléments fondamentaux, à savoir : la reconnaissance de l’impact réel de l’art sur le milieu et sur la vie des patients, de même que l’implication du mécénat dans le financement des activités culturelles. Au CHUM, plusieurs gestes ont été posés pour accroître l’importance de l’art en milieu hospitalier, dont la mise sur pied d’un groupe de travail sur les arts et la culture. Sur le plan de la programmation figurent des concerts de musique dans les unités de soins et dans les espaces publics, des expositions, des performances en danse et en arts visuels ainsi que la résidence d’artiste de Yann Pocreau dans le cadre du 1 %. Se rajoutera au nouveau CHUM un amphithéâtre moderne, dont l’enveloppe fabriquée en cuivre rappelle la forme d’un cœur arrondi. Ouvert au public, ce lieu de diffusion et de rassemblement de 400 places présentera, entre autres, des spectacles et des conférences internationales. Pour terminer, mentionnons le déploiement à venir des collections d’œuvres d’art des trois anciens hôpitaux sur les murs du nouveau CHUM. Des séances de médiation culturelle autour des œuvres d’art public de l’hôpital sont également envisagées grâce à des stages d’étudiants du programme d’animation et de recherche culturelles de l’UQAM. D’autres étudiants en muséologie ont procédé à l’inventaire d’artefacts médicaux issus des trois hôpitaux universitaires.

Une signature architecturale

Sous la direction de CannonDesign + NEUF architect(e)s, la construction du CHUM a nécessité la participation de 500 collaborateurs pour le seul volet architecture. Afin de répondre au mandat d’ensemble, l’équipe de conception a pris en compte les différentes échelles du projet ; de la vaste échelle de la métropole et du quartier environnant, à celle  plus fine du patient lui-même. L’intégration dans la ville d’un complexe d’édifices de 25 étages (incluant 3 en sous-sol) constituait un défi que les architectes ont voulu relever en fragmentant la volumétrie entre les tours et en perçant les façades de grandes baies vitrées. La lumière naturelle y est abondante avec, comme panorama, le fleuve et la montagne. Des terrasses vertes reprenant des dessins de plantes de La flore laurentienne du frère Marie-Victorin font partie de l’originalité du CHUM.

L’une des nombreuses terrasses vertes étagées dont le motif végétal est inspiré de la nomenclature du frère Marie-Victorin. Photo : Adrien Williams

Un autre élément à souligner est la création d’une séquence continue d’espaces au niveau de la rue, dont une esplanade-jardin face à l’édifice principal. Au centre de ce site paysager imaginé par NIP Paysage, l’on retrouve l’amphithéâtre. Une passerelle aérienne reliant deux pavillons participe également à la signature architecturale du CHUM. La structure agit comme un pont suspendu, une arche lumineuse, grâce à un jeu graduel de perforations dans le revêtement de cuivre. Selon Azad Chichmanian de l’équipe de conception, ces deux exemples montrent en quoi des éléments architecturaux caractéristiques du CHUM peuvent être considérés comme des œuvres en soi se situant à la frontière de l’art et de l’architecture.

Passerelle suspendue reliant deux bâtiments du complexe hospitalier au-dessus de la rue Sanguinet. Cette réalisation constitue un élément caractéristique de l’architecture du nouveau CHUM.

L’intégration de bâtiments historiques que sont l’église Saint-Sauveur et la maison Garth a représenté une problématique avec lequel les architectes du CHUM ont dû composer. L’avis du Conseil du patrimoine de Montréal précisait que la valeur historique des deux édifices était indéniable et que de nombreuses études concluaient à leur préservation. Mais la décision fut autre. L’église a été démolie, seul son clocher a été préservé. Quant à la maison Garth, il ne subsiste que la façade et un mur situés à l’intérieur du complexe. L’église Saint-Sauveur datait de 1866 tandis que la maison Garth de style victorien fut construite en 1871.

Clocher sauvegardé et restauré sur le site du CHUM. Seul cet élément a été conservé de l’ancienne église construite en 1866. Photo Adrien Williams

 

La façade et un mur de la Maison Garth datant de 1871 ont été conservés et intégrés à l’intérieur du CHUM. Une baie vitrée permet de voir la devanture de l’ancienne maison victorienne de la rue. Photo Adrien Williams

 

Klaus Scherübel utilise également la vitrine de rue pour mettre en valeur son œuvre. Le personnage assis sur un tapis a été réalisé par une imprimante 3D. Photo : Adrien Williams

L’arrivée du CHUM a défini un nouveau pôle santé au centre-ville de la métropole. L’institution a reçu une reconnaissance internationale en remportant un grand nombre de prix en design, dont celui du World Architecture Festival de Berlin qui le consacre en 2017 « meilleur espace intérieur hospitalier dans le monde ». Fort de sa réputation, le CHUM se veut une nouvelle vitrine de Montréal autant artistique que médicale.

L’inauguration officielle des œuvres aura lieu cette année. Un événement à surveiller.


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