Le Quartier latin – Retisser un lien avec la mémoire du lieu pour rebâtir l’avenir

Un portrait sur la dynamique particulière du Quartier latin à Montréal avec les interventions de l’UQAM afin de retisser un lien avec la mémoire du lieu, repenser le quartierpour rebâtir l’avenir.

Symbole historique de la vie étudiante et culturelle montréalaise, le Quartier latin traverse aujourd’hui une période importante de transition. Autrefois attrayant, ce secteur du centre-ville a perdu une partie de son éclat. Pourtant, le Quartier latin n’a pas dit son dernier mot. Sous l’impulsion de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), de Bibliothèque et archives nationales du Québec, de la Société de développement commercial du Quartier latin, de Gestion Georges Coulombe, de la Société de développement Angus (SDA) et de plusieurs autres partenaires, un mouvement de relance urbaine est en marche. En misant sur la mémoire du lieu, sur la culture et sur l’inclusion, ces acteurs cherchent à redonner au quartier sa fonction première : être un espace vivant d’apprentissage, d’échange et de mixité.

Le Quartier latin aujourd’hui : en quête de renouveau

Autrefois plein de vitalité, le Quartier latin était animé par la vie étudiante et culturelle, en particulier la rue Saint-Denis qui était le quartier général des étudiants après les cours et au-delà. Aujourd’hui, cette rue souffre d’un déclin commercial important. Se promener rue Saint-Denis et voir les vitrines vides, les enseignes en ruine et la dégradation des façades apportent une impression générale de rue délabrée. De plus, le déclin de l’offre commerciale décourage la fréquentation de cette rue, même chez les étudiants de l’UQAM, qui se tournent désormais vers d’autres lieux plus dynamiques de la ville. La détérioration de cette rue est accentuée par la spéculation immobilière et une offre commerciale peu intéressante. En effet, plusieurs propriétaires exigent des prix largement au-dessus du marché, maintenant ainsi des locaux et des bâtiments vides.

Sans oublier que les enjeux sociaux demeurent importants. Le quartier fait face à des problématiques d’itinérance et de santé mentale, alimentées par le manque de logements abordables et adaptés. Néanmoins, des signes de revitalisation apparaissent. Divers projets pourraient apporter une importante requalification de la rue, notamment la Maison de la chanson et de la musique du Québec à la bibliothèque Saint-Sulpice, la maison de l’ADISQ, le projet de l’ITHQ et des interventions de l’UQAM.

Redécouvrir l’histoire du Quartier latin

Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la relance du Quartier latin à l’UQAM, a obtenu l’unique mandat de remettre en mouvement le Quartier latin, sous la perspective de l’Université en fédérant des liens entre les différents partenaires. Architecte, urbaniste et designer de formation, elle enseigne depuis plusieurs années au baccalauréat en urbanisme et aux cycles supérieurs en études urbaines. Pour elle, c’est plus qu’un mandat, c’est une mission, celle de « retisser un lien avec cette histoire et avec cette mémoire pour rebâtir l’avenir ».

Des recherches sur le quartier menées en collaboration avec le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal révèlent que peu de Montréalais connaissent réellement l’origine du nom « Quartier latin », ni même l’histoire de ce quartier. L’expression « Quartier latin » remonte à 1895. À l’époque, elle était utilisée par les étudiants universitaires en référence au Quartier latin de Paris. Plus précisément, l’expression faisait référence aux émulations intellectuelles, aux cafés et autres lieux présents à cette époque.

Après avoir passé une année et demie sur le mandat, rencontrer plus de 750 personnes – étudiants, professeurs, acteurs culturels, professionnels de la ville, etc. –, Mme Ananian dévoile son diagnostic pour réussir à remettre en mouvement ce quartier.

Connaître l’histoire du Quartier latin

Mme Ananian souhaite révéler l’histoire du quartier pour comprendre d’où il vient, comment il est arrivé à être un espace à usage mixte et pourquoi ça n’a pas fonctionné.

Aujourd’hui, le Quartier latin fait face à des enjeux d’itinérance bien installés. En compilant les mensuels de journaux d’il y a deux cents ans, on constate que ces enjeux étaient déjà présents à l’époque. Les experts peuvent ainsi poser un regard rétrospectif sur le sujet afin de mieux le comprendre et de l’intégrer dans les décisions des projets du quartier. 

Retisser les liens

La vice-rectrice rappelle que le Quartier latin « n’est pas mort ». Elle parle de relance, de redynamisation du quartier. Le quartier vit toujours. À son avis, le terme revitalisation, en raison de sa connotation au cycle déconstruction/construction, n’est pas approprié dans le cadre de la dynamique du Quartier latin. Elle précise que le secteur a des racines historiques profondes, notamment en lien avec l’éducation. À une certaine époque, le quartier abritait plusieurs universités et 18 écoles. Autre facteur souligné par Mme Ananian, les racines culturelles très fortes avec la présence du théâtre St-Denis, de lieux de musique où des femmes donnaient des cours de piano, le magasin Archambault, symbole fort avec la vente des partitions, et l’organisation de prestations, etc. Bref, c’était un quartier où les racines étaient tissées entre elles avec la culture, l’éducation, le social et le communautaire.

Repenser le quartier sous la perspective de l’UQAM

L’UQAM occupe une position stratégique dans le Quartier latin. L’Université travaille à réorganiser ses façades, à ouvrir ses espaces rez-de-chaussée afin de créer une synergie sur rue, à générer des activités créatrices de vitalité urbaine à l’échelle humaine.

Quelques projets phares de l’UQAM

En bordure de l’UQAM, la création de la Maison du Quartier latin servira différentes fonctions : un espace de dialogue avec les citoyens, une vitrine culturelle et éducative francophone et un lieu de convergence des étudiants universitaires de toutes les institutions.

L’objectif de ce projet vise à cimenter les liens entre la population locale et les institutions d’enseignement, tout en favorisant une expérience urbaine complète et inclusive. L’Université a également conçu un parcours culturel pour renforcer l’identité du quartier qui sera complété dans les trois prochaines années.

Peu connue en raison de son accès qui ne se fait que par le niveau métro, la bibliothèque de l’Université, rue Berri, est l’un des grands projets phares de l’UQAM. Le plan consiste à s’ouvrir sur la rue et une place urbaine, de sorte que le lieu devienne un élément de transition entre la ville et l’UQAM. Des activités génératrices de flux et d’animation au rez-de-chaussée sont aussi planifiées au pavillon Judith-Jasmin.

Le troisième grand projet qu’aimerait instaurer l’UQAM s’inscrit également dans une volonté de favoriser une ouverture sur les activités et l’animation sur rue : la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Sanguinet et Berri.

Une reconnaissance pour un quartier apprenant

Aujourd’hui on peut affirmer que le projet Arborescences, lancé par l’UQAM et ses partenaires, est soutenu par la Commission canadienne pour l’UNESCO, en vue d’une reconnaissance future au Réseau mondial UNESCO des villes apprenantes. Le projet Arborescences a permis d’expérimenter une forme d’inclusion urbaine où chacun trouve sa place, sans jugement. Certaines personnes en situation d’itinérance, d’abord simples observateurs, sont devenues participants actifs des activités. Leur présence régulière a transformé la perception du lieu : d’un espace public anonyme, il est devenu un espace partagé, porteur de sens et de respect mutuel. Ces échanges spontanés rappellent que l’aménagement urbain peut être un levier de santé mentale collective, lorsqu’il favorise la reconnaissance, la mixité et le sentiment d’appartenance. Créer un quartier apprenant, c’est aussi apprendre à habiter ensemble.

Le Quartier latin vers un laboratoire urbain

Le Quartier latin se transforme aujourd’hui en véritable laboratoire d’innovation urbaine, où l’on expérimente de nouvelles façons d’habiter la ville. En croisant histoire, mémoire, culture, éducation et communauté, le projet cherche à démontrer qu’un quartier peut être un lieu d’apprentissage collectif. À travers cette démarche, l’UQAM affirme la vocation première du Quartier latin : un lieu où l’on vient pour apprendre, partager et bâtir ensemble la ville de demain.


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