Un plan Marshall pour les villes victimes de chaleurs Carte issue de l’Atelier parisien d’urbanisme. Illustration des variations de température lors d’un épisode de canicule à Paris, mettant en évidence les îlots de chaleur urbains.

Dominique Jakob soulève l’urgence de mettre en place un nouveau modèle de plan Marshall pour les villes victimes de chaleurs urbaines pour se préparer aux prochaines canicules. Elle nous entretient particulièrement du cas parisien.

Le véritable défi ne réside pas dans ce qui reste à construire, mais dans ce qui existe déjà. L’urgence absolue est d’adapter les millions d’appartements parisiens actuels : des logements mal exposés, non ventilés et non protégés.

Le Paris d’Haussmann, le Paris des faubourgs, le Paris moderne n’ont pas été pensés pour le bouleversement climatique. La structure même de la capitale en fait un piège thermique à ciel ouvert :

  • Une minéralisation omniprésente : Le bitume sature l’espace, stocke l’énergie solaire le jour et la restitue la nuit.
  • Une morphologie bloquée : L’alignement strict sur rue, l’absence de recul des façades et l’uniformité de la hauteur des immeubles limitent l’ombre naturelle.
  • Des toits en zinc surchauffés.
  • Des cœurs d’îlot bétonnés : La multitude de cours intérieures privées, entièrement asphaltées, supprime toute respiration interne.

Pour rompre avec cette fatalité, la ville doit déployer des dispositifs agiles, rapides avant les prochaines vagues de chaleur. Pour les façades orientées sud et ouest, les interventions immédiates sur l’espace public :

  • Supprimer le bitume des trottoirs sur les côtés les plus exposés, retrouver une pleine terre végétalisée urbaine « en creux », capable de retenir la rosée du matin pour rafraîchir l’air ambiant.
  • Échafaudages climatiques temporaires : installer des structures passives légères le long des façades exposées. Indépendantes du bâti, elles serviraient de tuteurs à une végétation grimpante rapide et permettraient d’accrocher des vélums solaires pour protéger les murs, les fenêtres et les toits du rayonnement direct.
  • Ouverture vers la rue et stratégie des « riads parisiens » : inciter et aider les copropriétés à transformer leurs cours intérieures minérales en y introduisant de la végétation en pleine terre et, si possible, des points d’eau. Ouvrir intelligemment ces cours vers la rue permettrait de créer des appels d’air indispensables la nuit.

Ensuite :

  • Le retour des volets en bois.
  • Une isolation thermique adaptée au bâti ancien.
  • La restructuration lourde des appartements mono-orientés.
  • Des systèmes de rafraichissement à réinventer par la géothermie, les cheminées thermiques, le brassage d’air rafraichi…

Des mesures de première urgence, simples, rapides à mettre en œuvre. Elles constituent notre bouclier immédiat, le temps de mener une réflexion plus profonde sur ce que doivent devenir les villes du XXIe siècle comme Paris.

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