École secondaire Casavant – Réhabilitation de l’aile moderniste du Séminaire de Saint-Hyacinthe Photos : Maxime Brouillet

Le Séminaire de Saint-Hyacinthe est l’un des premiers établissements d’enseignement secondaire au Québec et un site de valeur patrimoniale exceptionnelle. Regards sur un projet de réhabilitation remarquable, signé Affleck de la Riva et Boulianne Charpentier Architectes.

Un peu d’histoire et la vitalité d’une ville

L’histoire sociale, culturelle et construite du Séminaire témoigne de son importance comme l’un des principaux foyers de la vie intellectuelle et religieuse au Québec. Le Séminaire est érigé sur un site verdoyant situé sur la rue Girouard, à proximité de la rivière Yamaska. On y retrouve plusieurs institutions et bâtiments scolaires de Saint-Hyacinthe. Implanté au cœur d’un terrain boisé, la construction du collège sur ce site date de 1853 et un regroupement d’édifices s’y est progressivement développé autour d’une cour. L’aile principale et centrale a cependant été victime d’un incendie, et l’édifice actuel a été reconstruit en 1963. Œuvre des architectes Charbonneau Bédard Langlois architectes, la nouvelle forme présente un visage moderniste franc teinté de classicisme, s’inscrivant avec succès dans le contexte patrimonial plus ancien. Avec sa structure en béton et son revêtement en pierre calcaire, cet édifice se distingue en contrepoint comme un exemple de patrimoine moderne des plus élégants.

En 2015, le Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSSH) reprend la partie scolaire secondaire du Séminaire et fonde l’école Casavant. En 2019, plutôt que d’envisager la construction d’un nouvel édifice et de se relocaliser en banlieue, elle acquiert l’aile Girouard pour répondre à la croissance constante du nombre d’élèves dans la ville. L’école doit doubler sa capacité pour recevoir 1650 étudiants. Cette acquisition a ouvert la voie à une transformation majeure visant à adapter l’aile résidentielle centrale à sa nouvelle fonction et accueillir des espaces éducatifs. De plus, plusieurs des espaces de l’école existante ont dû être revisités et adaptés aux besoins de l’enseignement et pour rendre l’aile est plus fonctionnelle.

La réussite du projet est redevable à la bonne entente entre les parties prenantes : le maître d’ouvrage – le CCSSH, la Ville de Saint-Hyacinthe et le Séminaire. Afin de préserver le lieu et la vitalité de son quartier centre, la municipalité a appuyé le CCSSH dans la réalisation financière du projet : la municipalité s’est portée acquéreur de la partie avant du terrain boisé au milieu duquel s’érige le Séminaire pour en faire un parc public. Ce lieu est en effet un élément significatif de son paysage urbain et un témoin éloquent de son histoire. La concentration de fonctions communautaires qu’on y trouve (pavillons scolaires, salle de spectacle et lieu de culte) en constitue un lieu identitaire significatif.

Un projet conjugué au passé et au futur

Ce projet repose sur une approche conjuguant respect du patrimoine et innovation, mettant en valeur les caractéristiques intrinsèques du site, tout en favorisant les échanges et la communication dans l’aménagement du projet contemporain en éducation. Au départ, la présence des bâtiments anciens de diverses époques situés au sein d’une végétation mature contribue grandement à l’expérience des lieux et à l’identité de l’École.

Un processus de design participatif avec le client, l’école et les ingénieurs a permis de répondre à de larges ambitions programmatiques et à toute une série d’exigences d’aménagement et techniques. La Ville et le Séminaire ont été consultés à chaque étape. L’importance des transformations a nécessité la mise aux normes sismiques de la structure, la résolution des enjeux d’accessibilité universelle et de sécurité dans les circulations extérieures, et la mise en place de stratégies environnementales améliorant la performance énergétique de l’édifice. Il a ainsi été convenu que la cuisine du Séminaire qui desservait une école primaire adjacente pouvait aisément desservir par leurs liens de corridors l’aire de service de nourriture qui devait être rénovée dans l’École Casavant (avec vaisselle de surcroit, afin de réduire les déchets).

Les intérieurs, offrir des espaces conviviaux 

Les nouveaux intérieurs de l’ancienne aile Girouard se distinguent par leur sobriété et leur raffinement. La structure d’origine en béton, avec ses colonnes et ses dalles gaufrées, est dénudée et laissée apparente dans le nouvel aménagement, conférant un caractère brut aux espaces. Ce choix de conservation s’associe à une approche minimaliste, favorisant des finis clairs et créant ainsi une atmosphère lumineuse et accueillante.

Au rez-de-chaussée, le bel étage ; réservé à l’administration, les espaces s’organisent de part et d’autre de l’entrée principale d’origine, et dont le hall offre une vue imprenable sur la cour intérieure et sa surprenante chapelle. Cette dernière est même offerte par le Séminaire à l’École pour les occasions spéciales, telle que la collation de grades. Au rez-de-chaussée, des ouvertures à la dalle de plancher dégagent la vue vers les espaces en sous-sol et ses espaces étudiants. On y trouve l’aire d’arrivée des étudiants et l’aire de cafétéria de 2e cycle, qui bénéficie ainsi d’un lieu vertical et convivial bien éclairé.

Aux étages, les zones de circulation sont animées par des applications colorées sur les murs et des changements de ton au sol. Le rythme de cette palette vibrante est modelé sur la dimension de la chambre typique qui a disparu dans les réaménagements. Elle confère à la promenade une identité visuelle unique tout en favorisant l’orientation des usagers.

Au niveau 3, la difficulté d’aménagement occasionnée par de larges laboratoires a offert l’occasion d’investir le corridor, large, en zone de collaboration ouverte pour les étudiants de 2e cycle. Ces espaces répondent aux besoins variés des élèves et des enseignants, favorisant le partage et un apprentissage dynamique. Le projet d’intégration d’art à l’architecture, réalisée par l’artiste Caroline Cloutier dans le cadre de la politique du 1 %, ajoute une dimension visuelle dynamique aux espaces situés au cœur de la circulation. Cette œuvre picturale bidimensionnelle dialogue harmonieusement avec l’architecture, se projetant dans la 3e dimension et enrichissant l’expérience quotidienne des usagers.

Un soin particulier a été apporté aux salles de classe, conçues pour être adaptables à divers aménagements. À l’étage supérieur : des espaces d’atelier modulables, bien adaptés à l’informatique et à divers ateliers de fabrication ; des espaces adaptables pour l’usage de forums et de conférences aussi qui bénéficient de la réhabilitation du puits de lumière sous la flèche de cuivre au sommet du bâtiment.

Dans l’école existante : réaménagement de locaux pour de nouveaux espaces d’enseignement spécialisés – technologie, musique, art dramatique et plastique.    Aménagement d’un point de service alimentaire et création d’un escalier de circulation à l’aire de vie de 1er cycle. Création d’une porte cochère pour assurer l’évacuation sécuritaire des usagers par la cour intérieure.

Durabilité et innovation écologique

Les travaux de réaménagement représentent une superficie de 6 500 m2 répartis sur sept étages, sans parler des rénovations et réaménagements partiels réalisés dans l’école initiale. La conservation de sa structure a permis de sauver 2 555 TM de CO2 au cours de la vie du bâtiment, ce qui équivaut à la contribution de 42 150 arbres, ou à retirer 850 voitures de la circulation pendant un an. La réhabilitation de l’édifice existant a aussi permis de réduire la gestion des poussières, des polluants et du bruit qui aurait été occasionnée par une démolition et les déplacements, sans parler de la gestion des enfouissements. Une planification rigoureuse des travaux et de réhabilitation a en effet permis de limiter et contrôler le recyclage des déchets de construction. Finalement, en doublant le nombre d’élèves sur ce site, on en maximise l’utilisation. Le tout, au service de la vitalité d’une ville et de son identité ! 

L’un des objectifs du projet était donc de réduire son empreinte environnementale, tout en lui offrant une performance énergétique améliorée. Parmi les initiatives durables mises en œuvre, l’installation d’un réseau géothermique occupe une place centrale, car la géothermie assure la quasi-totalité des besoins de chauffage et de refroidissement dans la nouvelle aile. 

L’éclairage naturel est optimisé dans le projet. Associés à l’installation de fenêtres à haut rendement, des mesures participent à la création d’un environnement sain et confortable. Une attention particulière a été apportée à l’amélioration de l’éclairage naturel, avec l’ajout de fenêtres en bandeau dans la façade arrière, transformant ainsi les espaces intérieurs en environnements lumineux et accueillants, et conférant une nouvelle identité à l’édifice. Le percement de la dalle du RDC permet aussi au sous-sol de bénéficier de l’éclairage naturel.

L’enveloppe du bâtiment a également été isolée afin d’atteindre un juste milieu entre la gestion des pertes thermiques, le confort (surtout en adjacence aux parties d'édifice avec ponts thermiques), et le contrôle de l’humidité. Dans une construction ancienne aux murs en maçonnerie massive, l’enjeu de l’isolation devient secondaire à celui de l’étanchéité, et l’isolation doit être mesurée afin de ne pas occasionner de problème de condensation dans la structure. 

Ces choix reflètent un engagement solide en faveur de la durabilité, faisant de la nouvelle aile de l’école Casavant un modèle en matière de réhabilitation patrimoniale écoresponsable. L’approche aux assemblages a favorisé des travaux artisanaux avec la pose traditionnelle de la feuille de cuivre, la conservation et l’adaptation de la ferronnerie existante, la réfection et l’adaptation de maçonnerie massive ancienne, l’usage de bois pour les meubles sur mesure et les plafonds, et de nouveaux détails contemporains pour les nouveaux éléments.

Les défis de la structure et des solutions innovantes

La rénovation de l’aile Girouard impliquait des travaux techniques complexes de grande envergure. Afin de rendre la structure conforme aux exigences actuelles en matière de résistance sismique, des murs de refend et des joints de mouvement ont été ajoutés à la structure en béton existante et à tous les niveaux. Certains des nouveaux murs de béton, positionnés avec précision pour structurer l’aménagement des pièces aux dimensions et usages variés, ont été laissés apparents, jouant un rôle d’ancrage visuel à chaque niveau. Un réseau de gicleurs a aussi été installé pour répondre aux normes de sécurité actuelles.

Le réexamen des largeurs d’issue a été requis. Une nouvelle entrée étudiante située de plain-pied, à la jonction avec l’aile est, offre un accès direct au parc environnant. Son vaste sas vitré agit comme un point de repère visuel fort, offrant un passage accessible à tous ainsi qu’au nouvel ascenseur.

À l’arrière, une nouvelle cage d’escalier est ajoutée, un objet sculptural revêtu d’un assemblage artisanal de feuilles de cuivre patiné. Cet élément constitue une intervention architecturale identitaire pour l’École, en contrepoint au poids de la pierre calcaire ancienne. Elle permet aussi l’expérience de la promenade avec vue plongeante vers la cour intérieure et ses édifices.

Un legs pour les générations futures

La nouvelle aile centrale de l’École Casavant présente un projet de patrimoine moderne réinvesti. Chaque détail du projet s’est mérité une attention méticuleuse soupesée d’un sens de respect profond pour l’existant et pour l’histoire des lieux. En intégrant des préoccupations contemporaines plus larges au cadre existant, les concepteurs ont renouvelé son environnement d’apprentissage afin qu’il transcende les générations. Il témoigne de la capacité de l’architecture à conjuguer avec le passé tout en pensant au futur, offrant des espaces qui résonnent à nouveau dans l’âme de sa communauté.


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