FIBRA Award – Conjuguer architecture et végétaux MUSEO Éditions

Organisés par amàco, le prix FIBRA Award souligne l’excellence des architectures contemporaines en fibres végétales. Dominique Gauzin-Müller, architecte et universitaire française, spécialiste de l’architecture écologique, a initié et coordonné ce prix. Elle décrit dans un ouvrage exceptionnel 50 bâtiments biosourcés choisis parmi les 226 candidats du FIBRA Awards. Réalisations fascinantes vous constaterez !

Les engagements pris en 2015 par les États, dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, appellent une forte réduction de l’empreinte environnementale des bâtiments existants et futurs. Mettre en œuvre des matériaux à base de plantes à croissance rapide répond à cette exigence. C’est une opportunité à saisir pour stocker dès maintenant une grande quantité de carbone, et lutter ainsi contre le réchauffement de la planète.

L’inventivité dont font preuve de plus en plus d’architectes, d’ingénieurs, de constructeurs et d’artisans est tangible dans les projets mis en valeur par le FIBRA Award 2019. Ce premier prix mondial des architectures contemporaines en fibres végétales est porté par amàco, le centre de recherche et d’expérimentation français qui fait la promotion de l’emploi dans la construction de matières naturelles tombées en désuétude. L’objectif est de faire découvrir à un large public les matériaux en fibres, et de révéler leurs qualités esthétiques, leur intérêt constructif et leurs avantages environnementaux.

Le FIBRA Award rend hommage au courage des maîtres d’ouvrage de bâtiments biosourcés, au talent de leurs concepteurs et aux compétences des artisans qui les ont mis en œuvre. Ses 50 finalistes, valorisés dans un livre et une exposition itinérante, ont été choisis par des experts internationaux parmi 226 bâtiments édifiés dans 45 pays. Ils sont issus de tous les continents et construits à partir de bambou, paille, roseau, osier, rotin, chanvre, feuilles de palmier, écorces, herbes marines, briques de champignons, etc. Le jury a également mis à l’honneur trois pionniers internationaux : Simón Vélez, Vo Trong Nghia et Anna Heringer, marraine du prix.

Les finalistes allient valorisation de ressources locales, mesures bioclimatiques et design contemporain. Ils symbolisent une modernité frugale qui rend hommage aux savoir-faire ancestraux sans refuser des innovations techniques robustes et efficaces. Ils montrent que les filières biosourcées offrent un important potentiel d’activités économiques et de création d’emplois, dans le respect des richesses matérielles et immatérielles des territoires. L’exposition inaugurée en septembre 2019 au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, a connu un très grand succès, et vient de commencer son itinérance internationale.

Les matériaux à base de fibres végétales ne participent pas seulement à l’émergence d’un nouveau vernaculaire, ils contribuent notablement à la transition écologique et sociétale.

Prix spécial PATRIMOINE VIVANT : Pont inca Q’eswachaka au Pérou

Pont inca Q’eswachaka à Quehue, Pérou – Études techniques : Mag. Alejandrina Arrospide Poblete – Matériau : cordes en fibres végétales. © Patronato de cultura Machu Picchu

Inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2013, le pont suspendu Q’eswachaka est le dernier survivant d’un vaste réseau routier construit par les Incas. Il franchit un canyon pour relier des villages situés à 3 700 m d’altitude, dans la région de Cuzco. Il est réalisé avec des cordes en ichu, une herbe sèche, dure et solide, qui pousse en touffes dans la cordillère des Andes. Depuis le XVe siècle, les habitants de quatre communautés rurales se réunissent chaque deuxième semaine de juin pour le reconstruire, perpétuant ainsi leur culture et leur savoir-faire. Le premier jour, l’ichu récolté par les paysans est collecté pour préparer les premières cordes à partir de fils entortillés ; le deuxième, six câbles sont mis en place entre les deux rives du canyon ; le troisième, des spécialistes fixent les cordelettes formant le garde-corps.

Lauréat PORTER/FRANCHIR ex aequo : Gymnase de la Panyaden School en Thaïlande

Gymnase de la Panyaden School à Namprae, Thaïlande – Architecture : Chiangmai Life Architects – Matériau : bambou. © Alberto Cosi, © Markus Roselieb

Depuis la création de la Panyaden Schoolen 2011, écoles, crèche, espace de méditation, bibliothèque et restaurant s’installent peu à peu dans des pavillons en terre et en bambou. Le gymnase de ce groupe scolaire privé devait être assez grand pour accueillir trois cents personnes tout en s’intégrant harmonieusement aux bâtiments existants et au paysage vallonné. Le système constructif innovant répond aux normes de sécurité actuelles pour résister, entre autres, aux vents violents et aux tremblements de terre. La structure en bambou, traité avec du sel de bore, est une magistrale démonstration du savoir-faire des artisans thaïlandais. D’une portée de plus de 17 m, sans renforts ni assemblages en acier, les fermes ont été préfabriquées sur le site. Selon les architectes, la durée de vie du gymnase sera d’au moins cinquante ans, pour une empreinte carbone quasiment nulle.

Lauréat PORTER/FRANCHIR ex aequo : Centre éducatif Arcadia au Bangladesh

Centre éducatif Arcadia à Dhaka, Bangladesh – Architecture :  Saif Ul Haque Sthapati – Matériau : bambou. © Saif Ul Haque

Situé dans un delta dont les eaux montent inexorablement, le Bangladesh doit faire face à de nombreux défis, en particulier dans le domaine de la construction. Le terrain du centre éducatif Arcadia est inondé pendant quatre mois par an. Pour y remédier, l’architecte Saif Ul Haquea choisi une structure légère flottante, autorisant une utilisation permanente sans perturber la faune et la flore de cette zone naturelle fragile. Sur le ponton rectiligne, quatre modules semblables, desservis par une coursive, sont alignés de part et d’autre d’une cour de récréation. Le chantier a été réalisé par un maître charpentier et des ouvriers locaux. La base flottante est en matériaux recyclés (fûts en acier et vieux pneus de voiture), mais structure, sol, murs et charpente sont en bambou prélevé près du site. Ce « radeau fixe », qui flotte en période d’inondation et repose sur le sol le reste du temps, a déjà résisté à quatre moussons.

Prix CLORE/SEPARER : Réhabilitation d’un immeuble du 18e siècle à Paris, France

Réhabilitation d’un immeuble du 18e siècle à Paris, France – Architecture : Dumont Legrand Architectes et LM Ingénieur – Matériaux : chaux-chanvre, laine de bois, béton de chanvre. © Dumont Legrand Architectes et LM Ingénieur

La réhabilitation « bas carbone » d’un immeuble du XVIIIe siècle et son extension ont permis de créer dix logements sociaux et un commerce au cœur du Quartier latin. Le projet a soulevé la question de l’adaptation du bâti ancien aux usages contemporains et de son adéquation aux normes actuelles. La réhabilitation a conservé les moellons existants et associé aux planchers en bois et à la structure en acier plusieurs matériaux biosourcés : chaux-chanvre et laine de bois. Les murs extérieurs sont isolés par 6 cm d’enduit hygrothermique chaux et chanvre côté extérieur et 12 cm de béton de chanvre côté intérieur, avec sur chaque face une finition à la chaux. La RIVP, maître d’ouvrage institutionnel, avait accepté que le bâtiment soit un démonstrateur, reproductible sur son patrimoine. La volonté politique et l’engagement de nombreux acteurs assurent aujourd’hui l’essor de la filière chanvre en Île-de-France.

Lauréat ISOLER/COFFRER : Espace multiculturel La Boiserie à Mazan, France

Espace multifonctionnel La Boiserie à Mazan, France – Architecture : DE-SO – Matériaux : paille et cèdre. © Hervé Abbadie, © Gaujard Technologie Scop, © DE-SO

La Boiserie est l’équipement culturel et associatif que les habitants de Mazan attendaient depuis des décennies. La commune a su entraîner tous ses acteurs dans une dynamique fructueuse, appuyée sur des savoir-faire régionaux traditionnels. La conception de la charpente et des finitions a été adaptée aux essences disponibles sur le proche mont Ventoux : pin noir pour la structure, cèdre de l’Atlas pour le bardage et l’aménagement du hall, pin à crochets pour le revêtement de la salle polyvalente. La paille de blé compressée, conditionnée dans des caissons en bois, forme une enveloppe isolante continue de 37 cm d’épaisseur. Ce mur perspirant, inspiré de techniques ancestrales, était à l’époque très innovant. Le bâtiment, livré en 2012, a permis de franchir une étape décisive dans l’emploi d’une isolation en paille pour des équipements publics en France.

Lauréat TAMISER/FILTRER : Bibliothèque Amani en Tanzanie

Bibliothèque Amani à Kibaoni, Tanzanie – Architecture : Social Practice Architecture – Matériaux : bambou, cyprès, pisé. © Lara Briz

Pour faciliter son appropriation par les habitants, la bibliothèque Amani reprend la forme, les dimensions et les matériaux des maisons du village de Kibaoni, au pied du Kilimandjaro. Sa toiture en tôle ondulée est posée sur une charpente en bois portée par des murs en pisé. Elle couvre plusieurs espaces contrastés : une pièce pour les ateliers, les réunions et les cours ; une salle de lecture séparée de l’extérieur par des portes à claire-voie en cyprès tressé ; une véranda avec des parois brise-soleil à croisillons en lames de bambou. Le bâtiment a été réalisé en quatre mois par Lara Briz et Patricia Báscones avec des villageois et des bénévoles internationaux. Les deux jeunes architectes veulent sensibiliser la population à la valeur du patrimoine culturel africain, et contribuer ainsi à l’évolution de techniques traditionnelles pour construire en milieu rural un habitat abordable, sain et confortable.

Lauréat HABILLER/COUVRIR ex aequo : Centre culturel et résidences d’artistes Thread au Sénégal

Centre culturel et résidences d’artistes Thread à Sinthian, Sénégal – Architecture : Toshiko Mori Architect – Matériaux : terre crue, bambou, chaume. © Giovanni Hänninen, © Le Korsa

Thread est un centre culturel avec deux résidences-ateliers permettant à des artistes locaux et internationaux de vivre et de travailler dans un village situé au sud-est du Sénégal. C’est aussi un centre d’agriculture écologique proposant des terres fertiles et des formations afin d’accroître la stabilité économique de la région. Le projet suit les principes du Bauhaus, où ont enseigné Josef et Anni Albers, créateurs d’une des fondations qui l’ont financé. Les villageois, très impliqués dans l’opération, ont entre autres fabriqué les briques de terre crue des murs. La couverture est constituée de bottes d’une herbe invasive (imperata cylindrica). Elle est fixée sur une grille en tiges de bambou, assemblées par des cordes selon une technique japonaise. La population locale a pris en charge la programmation : marché de produits régionaux, cours de langue et de santé, réunions et fêtes villageoises, spectacles, etc.

Lauréat HABILLER/COUVRIR ex aequo : Maison de vacances au Danemark

Maison de vacances à Læsø, Danemark – Architecture : Vandkunsten Architects – Matériau : herbes marines (Zostères). © Helene Høyer Mikkelsen_Realdania By & Byg

L’île de Læsø, au nord du Danemark, est connue pour ses maisons couvertes de zostère marine, une herbe marine imputrescible, qui ne moisit pas et n’attire pas les insectes nuisibles. Après avoir participé à la sauvegarde de ce patrimoine,le promoteur Realdania By & Byg a décidé de prouver la viabilité de cette ressource abondante pour la construction contemporaine. La zostère sert ici à la fois d’isolation dans les panneaux à ossature bois de mur et de toiture (24 cm d’épaisseur), de rembourrage sous le plafond en toile de lin et de revêtement extérieur. Elle remplit alors deux types de « traversins » en filets tricotés à la main : épais et mous pour la couverture (diamètre 30 m) ; petits, durs et disposés dans des panneaux préfabriqués en mélèze pour la façade. Cette maison très confortable répond aux normes danoises les plus strictes sur la consommation d’énergie.

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Architecture en fibres végétales d’aujourd’hui, Dominique Gauzin-Müller, éditions MUSEO 2019 (distribué au Québec par Les éditions du passage).

L’architecte française Dominique Gauzin-Müllera a écrit 17 ouvrages et créé plusieurs expositions dédiées à une approche écoresponsable de l’architecture et de l’urbanisme : implications sociales et culturelles, principes bioclimatiques, etc. C’est pour valoriser les matériaux biosourcés et géosourcés qu’elle a initié et coordonné le TERRA Award puis le FIBRA Award. Professeure honoraire de la chaire UNESCO « Architectures de terre », elle enseigne dans plusieurs universités internationales.

Photo : Pierre-Yves Brunaud

 

 

 

 

 

 

 


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