Marc Cramer – Au-delà de la représentation de l’objet Vestiges d’architecture agricole, 2013

Très tôt, la photographie s’impose à lui comme médium de prédilection. Dès l’âge de onze ans, il possède sa propre chambre noire vouée au développement de ses premières photographies argentiques. Adolescent, il apprécie les formes et les volumes des bâtiments architecturaux et éprouve une grande admiration pour Le Corbusier et plus particulièrement pour Frank Lloyd Wright.

Marc Cramer lors d’une prise de vue au MBAM (2011) – Photo : Yvon Cardinal

Bien que la sculpture et la peinture occupent alors une place importante dans sa démarche artistique, l’expérimentation de la technique de l’image déclinée sous de multiples angles le passionne davantage et l’amène à développer une expertise aujourd’hui reconnue. C’est au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris qu’il a tenu sa première exposition individuelle en 1972. Sa persévérance, sa rigueur et son audace l’ont mené à participer à une exposition de groupe avec Salvator Dali à Cassis, à rencontrer Louis Aragon et à photographier Andy Warhol pour le catalogue de l’exposition rétrospective de ce maître du pop art au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Photographie de Andy Warhol pour le catalogue de l’exposition rétrospective de ce maître du pop art au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 1971.

Après avoir photographié officiellement le célèbre groupe musical Offenbach lors de leur tournée de 1973 en France, Marc Cramer décide de s’installer au Québec l’année suivante. Il poursuit sa carrière de photographe et continue sa démarche artistique en s’intéressant au design et à la création de mobilier.

Groupe musical Offenbach lors de leur tournée de 1973 en France.
 

La collection Zebra (meuble tiroir, canapé, bols à fruits, console, vaisselier) conçue et produite en collaboration avec Nancy Bergeron sur une période de dix années. Matériaux : acier verni et bois de placage en Zebra.

Ses objets décoratifs lui apporteront moult prix, bourses et distinctions. Après avoir exposé au Musée d’art contemporain de Montréal et dans quelques galeries spécialisées, il participe à l’exposition Corridart en 1976.

Corridart, 1976. Photomontage de maisons choisies pour leurs détails architecturaux et leurs valeurs historiques.

Jusqu’à la fin des années 1980, il s’intéresse surtout à la photographie documentaire mettant en scène des individus dans leurs activités quotidiennes. Puis, il se concentre sur la photographie de paysage. Ses photos des jardins de la Villa Melzi ont connu un franc succès. Elles ont été exposées à la Galerie J. Yahouda Meir à Montréal. Cette aventure lui a valu une bourse pour aller photographier des jardins célèbres au Japon.

Jardins de la Villa Melzi, Bellagio, Italie.

C’est finalement avec la photographie d’architecture qu’il obtiendra une grande notoriété au Canada, qu’il remportera un titre de lauréat et qu’il sera récompensé par des bourses du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Ses photographies sont publiées dans plusieurs revues d’architecture et de design canadiennes, américaines et européennes et font l’objet d’expositions individuelles et de groupe dans divers lieux reconnus, comme le Musée des beaux-arts de Montréal, le Centre d’exposition de l’Université de Montréal et le SIDIM. Récemment, Marc Cramer a été finaliste au concours international Hasselblad et a remporté le prix Hommage des Grands Prix du design.

Sa renommée lui vient principalement de sa capacité à reconnaître et à apprécier divers projets architecturaux qui se distinguent, qu’ils soient d’envergure ou plus modestes. Il a le souci de remettre un travail impeccable en toute circonstance. Pour ses prises de vue, il n’hésitera pas à passer de longues heures dans le froid, à se contorsionner, à grimper sur une plateforme, à se hisser au sommet d’une nacelle, à accéder au toit d’un gratte-ciel ou encore à monter à bord d’un hélicoptère ou d’un hydravion. Il sait s’entourer de personnes spécialisées lorsqu’un projet présente des défis particuliers. Ainsi, plusieurs architectes de renom font systématiquement appel à lui lorsque les projets sont complexes et lorsque les enjeux sont importants. Plusieurs jeunes architectes talentueux sollicitent aussi ses services pour des projets à plus petite échelle, afin de présenter des photographies uniques dans le cadre de différents concours. En effet, plusieurs architectes gagnent des prix intéressants avec ses photographies d’architecture.

UBC Faculty of Pharmaceutical Sciences at CDRD (2012) – Architectes : Saucier+Perrotte Architectes / HCMA.

Pour Marc Cramer, la photographie d’architecture relève d’un subtil équilibre entre la représentation de l’objet, la vision de l’architecte et le traitement esthétique de l’image qui, au-delà de la technique, résulte d’une démarche purement artistique, dont le processus de création est l’essence même de tout projet photographique. L’organisation des volumes de certains projets lui permet d’aller au-delà de la simple reproduction : la photographie d’architecture se décline en photographie artistique. C’est le cas de plusieurs projets de Saucier+Perrotte Architectes qui l’ont inspiré de façon significative, marquant ainsi un moment décisif dans sa carrière. Cette délicate frontière entre la photographie d’architecture et la photographie artistique a été mise en lumière dans le cadre d’une exposition de ses photographies au Centre d’exposition de l’Université de Montréal en 2006. Huit excellents projets réalisés par des architectes montréalais étaient présentés en images à travers l’œil aiguisé et créatif de Marc Cramer. Georges Adamczyk, directeur de l’École d’architecture de l’Université de Montréal en 2006, avait décrit son travail comme suit : « Marc Cramer procède par décomposition de l’image, se dégageant du référent et du poids figuratif de celle-ci, pour reconfigurer une composition abstraite qui se donne alors à voir, en tant qu’image, comme une œuvre autonome. »

Après avoir enseigné la photographie pendant plus de trois décennies à l’Université de Montréal, Marc Cramer entreprend maintenant une démarche artistique plus personnelle qui s’inscrit dans une continuité cohérente tout en reflétant les préoccupations actuelles de l’art contemporain. Alors que la dimension artistique est constamment présente dans ses photographies d’architecture, on peut percevoir nettement l’influence du cadre architectural dans les photographies artistiques récentes de l’artiste et dans ses divers projets.

Cet amalgame de connaissances, de compétences et d’expérience l’a naturellement amené vers l’intégration de l’art à l’architecture, programme communément appelé le 1 %. Sa démarche artistique vise à créer une symbiose poétique et esthétique à partir de deux œuvres distinctes conçues par l’architecte et l’artiste. En s’imbriquant, ces œuvres d’art deviennent un ensemble harmonieux qui rend l’art accessible au public. Récemment, il a réalisé un projet 1 % dans le cadre de la construction de l’école Saint-Gérard dans l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension à Montréal.

Œuvre d’art, école Saint-Gérard, arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension à Montréal.

La sauvegarde du patrimoine est depuis longtemps au cœur des préoccupations de Marc Cramer. Cette dimension était déjà présente dans l’œuvre qu’il a présentée lors de l’exposition Corridart de 1976. Aujourd’hui, l’artiste travaille sur une série de granges qui sera présentée en 2019 à la Galerie Éric Devlin : Vestiges d’architecture agricole.

Vestiges d’architecture agricole, 2017.

Ces granges sont choisies pour leur qualité esthétique et pour l’équilibre artistique recherché entre le bâtiment et l’espace environnant. En ce qui a trait à l’aspect général des œuvres, un peu à la manière de ses photographies d’architecture, l’artiste privilégie la simplicité sur le plan du design et la netteté en ce qui a trait aux détails. Ces photographies seront exposées en très grand format.


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