Pourquoi exige-t-on d’un bâtiment qu’il n’ait qu’une seule vie ? Maison Dom-Ino – Source : @ Fondation Le Corbusier

C’est la question que pose Vincent Prioux, architecte, fondateur de l’agence Petitdidierprioux.

C’est la question que pose Vincent Prioux, architecte, fondateur de l’agence Petitdidierprioux. Nous construisons des bâtiments susceptibles de durer plus de 100 ans. Pourtant, nous les concevons souvent pour un monde qui n’existera plus dans 20 ans. 

Nous savons que les usages vont probablement changer, mais nous nous obstinons souvent collectivement à figer la structure autour d’un besoin instantané : un siège social, une école, un hôtel, des logements ou des bureaux. Chaque mètre carré est optimisé pour un usage très précis.

Puis le monde change. Les modes de travail évoluent. Les familles se transforment. L’économie pivote. Le climat nous impose de nouvelles contraintes. Et soudain, le bâtiment qui semblait parfaitement adapté devient obsolète. Non pas parce qu’il est usé. Mais parce qu’il a été conçu pour une seule vie.

Pourtant, les bâtiments qui traversent le mieux le temps racontent souvent une autre histoire. Une usine devient un musée. Un couvent devient un hôtel. Un immeuble de bureaux devient un immeuble de logements.

Leur force n’est pas d’avoir tout anticipé, leur force est d’avoir été conçus avec suffisamment de générosité pour accueillir l’imprévu : de la hauteur, de la lumière, des structures robustes, des plateaux adaptables. Une certaine liberté laissée aux générations suivantes.

La véritable durabilité ne se résume pas à empiler des matériaux bas carbone ou à améliorer une performance énergétique. Elle consiste aussi à concevoir des bâtiments capables d’accueillir une deuxième vie. Puis une troisième. Puis une quatrième.

Car un bâtiment qui peut évoluer a plus de chances d’être conservé. Et un bâtiment que l’on choisit de conserver est souvent un bâtiment qui a réussi à créer de la valeur, de l’usage et de l’attachement. La fameuse durabilité du désir.

Le plus grand défi de notre secteur n’est peut-être pas de construire pour aujourd’hui, mais de laisser aux générations futures suffisamment de liberté pour réinventer ce que nous construisons.

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