Quand restaurer est impossible
Si, dans plusieurs cas, les approches traditionnelles de conservation passent par une transformation directe de la matérialité, ici la solution devait être plus radicale, sans pour autant dénaturer l’édifice. On pouvait remplacer certains ancrages, mais non la quasi-totalité des panneaux composant l’enveloppe. L’équipe de conception de Lemay et Atelier 21 a donc préconisé une solution qui s’attaque à la cause : la condensation au sein des éléments de béton.
« Au-delà des grands enjeux techniques, des écoles de pensée allant de Viollet-le-Duc à Nara, nous devons, comme architectes, nous questionner sur la préservation de l’héritage de ceux qui nous ont ouvert les portes, et ce tout en acceptant, dans plusieurs cas, leur inéluctable transformation. »
- Eric Pelletier, associé principal et architecte chez Lemay
Plutôt que de restaurer ponctuellement les façades, elle a choisi de les protéger par une enveloppe de verre, créant une zone tempérée contrôlée. Neuf cents panneaux de verre, chacun d’une demi-tonne, déposés sur une structure d’acier entièrement indépendante, ont été employés pour envelopper le bâtiment, murale incluse.

Détail de l'enveloppe de verre. – Photo : Stéphane Groleau
L’authenticité tenait moins à la matière qu’à la continuité structurale et spatiale. Comprendre l’œuvre de Prus était la condition de départ pour préserver ce patrimoine moderne en maintenant sa logique et son identité.
L’authenticité à l’épreuve du temps
Aujourd’hui, plusieurs immeubles modernes du Québec, legs important de la Révolution tranquille, font face à des défis similaires : béton dégradé, œuvres d’art intégrées, tectonique indissociable des systèmes constructifs. Il nous faut dès lors adapter nos approches : accepter la transformation, certes, mais dans le respect de ce riche patrimoine. La question se posera chaque fois : jusqu’où aller pour en préserver l’authenticité ? Elle est préférable à celle de savoir si l’on démolit ou non cet héritage.

Photo : Stéphane Groleau