Le Vieux Pointe-aux-Trembles – Une approche centrée sur la rue Aperçu de la ruelle aménagée, vue de la Place du village, boul. Saint-Jean-Baptiste. – Source : ADHOC

Depuis 2019, la Société de développement Angus (SDA) travaille sur le projet de revitalisation du quartier de Pointe-aux-Trembles en collaboration notamment avec les firmes d’architecture ADHOC et NÓS Architectes. Au-delà d’une simple démarche architecturale, leur approche se distingue par une réflexion globale sur le milieu de vie, plaçant la dynamique de la rue et l’animation du quartier au cœur de ce projet.

Jean-François St-Onge a plusieurs flèches à son arc ; en plus d’être architecte et directeur de création, il est cofondateur et associé principal de la firme d’architecture ADHOC. Impliqué dans le projet du quartier Pointe-aux-Trembles, il explique que sa pratique repose sur une étude approfondie du lieu, des typologies et de la colorimétrie existants.

Une démarche architecturale inspirée par l’écosystème

« C’est vrai que mon approche vient beaucoup des sciences naturelles – avant de parler d’architecture, c’est peut-être l’aspect un peu scientifique où tu cartographies. Tu viens de mettre en place le système, tu comprends l’écosystème dans lequel tu viens de travailler. Ça nourrit énormément la conception », souligne-t-il.

Son expérience en Europe du Nord, notamment dans des zones portuaires et patrimoniales, a influencé sa manière d’envisager la relation entre le bâtiment, l’eau et l’usager. Les projets qu’il a observés à Oslo ou Glasgow mettaient en lumière un geste fort de requalification urbaine, souvent initié par des organismes publics ou municipaux. Cette approche lui a appris qu’une revitalisation réussie doit s’ancrer dans le territoire et dans le vécu des habitants.

Situé de part et d’autre de la rue Notre-Dame, entre la rue Sainte-Anne et le boulevard Saint-Jean-Baptiste, le projet comprend trois bâtiments mixtes (A-B-C) comportant 109 logements locatifs, six commerces de proximité et une maison patrimoniale (D). – Source : ADHOC/Gracieuseté de la Société de développement Angus

 

Mettre les animations dans la rue

Une des spécificités du projet de Pointe-aux-Trembles est de privilégier l’animation au niveau de la rue. Généralement, les espaces de socialisation des complexes d’habitation sont placés sur les toits, surtout dans les projets de densification. Pour ce projet, ADHOC a choisi de créer des lieux accessibles et conviviaux en rez-de-chaussée ou dans les ruelles adjacentes.

Le projet participe à l’animation de la Place du village, boul. Saint-Jean-Baptiste. Le volume du bâtiment B est découpé pour s’harmoniser avec le gabarit de la maison patrimoniale (bâtiment D) qui sera transformé en espace public. Vue du bâtiment A sis au nord de la rue Notre-Dame Est. – Source : ADHOC

 

La SDA, déjà convaincue de mettre des commerces et des espaces de socialisation au rez-de-chaussée, a donc acquis une ancienne maison (bâtiment D). Ce beau bâtiment patrimonial donnant sur la place publique, et contigu à l’une des phases de logements locatifs, sera transformé en espace public multifonctionnel, un café coworking, dont l’arrière donnerait sur la ruelle. L’idée est de créer un espace public où les résidents peuvent se rencontrer, échanger et s’approprier le quartier.

Entrée sud de la ruelle verte, rue Sainte-Anne, et vue sur le bâtiment de trois étages reprenant la typologie du quartier environnant offrant une transition douce de hauteur (bâtiments B et C). La ruelle sera aménagée avec des espaces extérieurs de détente prévus pour les locataires et un aménagement paysager assurant une intimité aux entrées. – Source : ADHOC

 

Une vision globale de la revitalisation

L’approche de la SDA montre une requalification urbaine qui va au-delà de l’aspect immobilier. Il s’agit de reconstruire des liens, de réanimer des rues, de valoriser le patrimoine et de créer des espaces dynamiques et attrayants. La revitalisation devient ainsi un projet social et urbain à long terme, où la qualité de vie et la cohabitation sont aussi importantes que la rentabilité.

 

L’architecture comme levier de requalification

 

 L’église Saint-Enfant-Jésus accueillera La compagnie des autres, une organisation de soutien en arts du cirque. – Illustration : NÓS Architectes

 

NÓS Architectes aborde la requalification comme un acte de transformation à la fois physique, sociale et symbolique. Il ne s’agit pas simplement de restaurer ou de rénover, mais de réinterpréter les lieux pour leur offrir une nouvelle pertinence dans le tissu urbain contemporain. Cette démarche implique une lecture fine du contexte, une attention aux récits enfouis, et une volonté de créer des milieux de vie inclusifs, durables et porteurs de sens.

La requalification peut prendre des formes multiples : activation d’un site patrimonial, reconversion d’un bâtiment délaissé, ou reprogrammation d’un espace public. Elle repose sur une capacité à faire dialoguer mémoire et contemporanéité, à révéler les potentiels latents et à imaginer des usages collectifs adaptés aux aspirations actuelles.

L’église Saint-Enfant-Jésus devient une grande salle multifonctionnelle. Le presbytère devient une auberge gourmande avec terrasse sur le fleuve. La grange devient une buvette de jardin saisonnière. La cour devient un espace événementiel. – Illustration : NÓS Architectes

 

Le Vieux Pointe-aux-Trembles, un cœur villageois en transformation

Le projet de Pointe-aux-Trembles illustre cette approche. Ancienne halte sur le Chemin du Roy, ce quartier bordé par le fleuve Saint-Laurent et riche d’un patrimoine historique devient aujourd’hui le théâtre d’une requalification ambitieuse portée par la Société de développement Angus (SDA). Ce projet vise à redonner vie à un noyau villageois dévitalisé, en misant sur une programmation culturelle, communautaire et touristique ancrée dans l’identité du lieu.

Réhabiliter pour rassembler

En collaboration avec la SDA, NÓS Architectes contribue à cette transformation à travers la réhabilitation du site de l’église Saint-Enfant-Jésus. L’église devient un centre de création et de diffusion culturelle, le presbytère, une auberge gourmande avec terrasse sur le fleuve, et les espaces extérieurs, un jardin nourricier, une cour événementielle et une buvette de quartier.

Le presbytère, auberge gourmande avec terrasse sur le fleuve. – Illustration : NÓS Architectes

 

Chaque intervention est pensée pour réactiver les usages citoyens tout en respectant les valeurs patrimoniales du site. L’architecture devient ici un outil de médiation entre mémoire et contemporanéité, entre patrimoine et innovation.

Une posture engagée et contextuelle

À travers ces collaborations, NÓS affirme une posture critique et créative : revitaliser, c’est révéler les récits enfouis, tisser des liens entre les communautés, et imaginer des futurs désirables. C’est aussi faire de l’architecture un outil de transformation sociale, culturelle et urbaine.

 


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