La problématique des ancrages Senneco

Le problème principal dans le choix des ancrages est la méconnaissance de la norme CAN/CSA-A370-14, explique Luc Vaillancourt, président de Senneco, entreprise spécialisée dans les ancrages de maçonnerie.

Lors de l’installation de murs en maçonnerie, il y a deux choix principaux qui peuvent s’appliquer. D’abord, le mur de maçonnerie dit autoporteur. Ce type de construction consiste à poser la brique sur un linteau structural d’acier servant d’assise. La construction de ces murs est soumise à la norme du Code national du bâtiment qui limite la hauteur maximale à onze mètres pour les petits bâtiments.

Le second choix est d’utiliser des ancrages fixés au mur intérieur, qui supporteront entièrement la maçonnerie. Ces ancrages permettent d’ériger des murs de pierre ou de maçonnerie, peu importe la hauteur. Dans les deux cas, le revêtement devra être ancré au mur intérieur. Puisque les façades sont soumises aux forces du vent, il faut retenir le revêtement convenablement pour éliminer les risques de chute.

Cette norme définit les charges minimales que les ancrages doivent être en mesure de supporter et le type d’utilisation pour lequel elles sont fabriquées. « Même si chaque projet devrait référer à un ingénieur en structure, la norme détermine les conditions minimales d’installation. Il y a deux sujets en particulier qui sont méconnus dans cette norme : d’une part, le genre d’acier avec lequel seront fabriqués les ancrages et, d’autre part, la résistance minimale acceptable.

Type d’acier

Le type d’acier utilisé pour la fabrication est normalisé selon trois niveaux de protection contre la corrosion. Le niveau 1 est dit galvanisé en usine. Ce type de fixation sert pour les murs intérieurs seulement et dans des espaces qui ne sont pas humides. Ce type d’ancrage ne doit pas être utilisé pour des espaces comme des piscines intérieures, des douches ou des salles de toilette. S’il y a une infiltration d’eau dans le mur, ne serait-ce qu’une seule fois, le risque de corrosion devient grand et des faiblesses se formeront, ne permettant plus aux fixations de répondre aux normes.

Le niveau 2 exige un fini galvanisé à chaud. Cette protection offre une bonne résistance à la corrosion. Il est donc possible d’utiliser ces ancrages pour des murs extérieurs et dans des espaces intérieurs humides. Ce fini offre une plus grande durabilité, particulièrement si la construction est conçue de manière à minimiser les infiltrations d’eau. 

Le niveau 3 exige des pièces faites d’acier inoxydable. Celui-ci offre une durabilité hors pair pour la résistance à la corrosion et le support du revêtement. C’est d’ailleurs celui qui est privilégié pour les constructions de plus de treize mètres de hauteur dans certaines régions où l’indice annuel de pluie battante est élevé.

Les ancrages réglables pour revêtements offrent une façon économique et flexible pour joindre des murs de maçonnerie à une structure de bois, de métal ou de béton, tout en permettant la pose d’un isolant extérieur.

La résistance

Pour la résistance minimale acceptable, la norme stipule que chaque attache doit avoir une résistance à la rupture minimale de 1000 newtons (force correspondant à 100 kg), et ce, autant en compression, en tension qu’en flambage. La loi demande également que les ancrages soient testés par un ingénieur indépendant pour les certifier. Ce règlement est la base de la norme de sécurité. Celui-ci doit être ajusté à la hausse selon les différentes contraintes imposées par le climat et l’architecture. Par exemple, les immeubles de grande hauteur des centres-villes sont soumis à des effets de corridors de vent, ce qui génère des bourrasques augmentant ces contraintes. Le vent force cet étrange phénomène qui est de créer une pression sur la surface le recevant et une succion sur la face opposée. Cette succion a pour effet de tirer le revêtement vers l’extérieur. En hauteur, il faut donc augmenter le nombre d’ancrages pour renforcer le système, autrement le risque de chute augmente.

Maintenant, pourquoi certains murs de maçonnerie tombent-ils ? Des chutes de briques installées sur ancrages ont été répertoriées à plusieurs endroits. Selon M. Vaillancourt, « c’est principalement à cause de la corrosion des ancrages. Les normes ont été modifiées au cours des trente dernières années. Par le passé, il était permis d’installer des ancrages fabriqués d’acier de niveau 1. Ceux-ci ont rouillé avec le temps, affaiblissant ainsi leur résistance face à la force du vent ».

Bien que certains propriétaires d’immeubles fassent tout leur possible pour diminuer les coûts de construction et d’entretien, M. Vaillancourt avertit qu’il ne faut jamais être négligent dans le choix des ancrages. « La maçonnerie est un système qui a fait ses preuves et qui donne un beau rendu architectural. De plus, le coût des ancrages est minime par rapport au coût total de la maçonnerie. » L’écart n’est pas si grand entre les différents types de fixations. Pour une attache de niveau 1, il faut débourser environ 0,20 $ le pied carré, alors que pour une attache de niveau 3, il faut compter de 0,75 $ à 1 $ le pied carré. La différence de prix est importante, mais attention, l’installation d’un ancrage de niveau 1 n’est pas du tout recommandée en extérieur et il faudrait changer les ancrages au moins tous les vingt ans, ce qui est impensable en maçonnerie. Pour 1 $ le pied carré, c’est la tranquillité d’esprit pour de nombreuses décennies. « La qualité d’un bâtiment n’est pas qu’apparente, c’est ce qui tient le tout ensemble qui permet d’assurer l’intégrité d’un ouvrage pour des générations », avertit M. Vaillancourt. C’est effectivement une idée qui mérite une bonne réflexion considérant que les immeubles ont le potentiel de nous survivre longtemps.

Ancrages et isolants rigides

Ce n’est pas parce que ce système est très durable qu’il n’y a pas d’évolution dans le monde des ancrages. Depuis quelques années, les propriétaires et les promoteurs désirent de plus en plus installer des isolants rigides sur le mur extérieur afin d’obtenir une bonne isolation thermique. De ce fait, la pose des ancrages est complexifiée parce que la distance augmente entre le mur porteur et le revêtement et parce qu’il faut couper les ponts thermiques créés par l’installation d’une pièce de métal à travers l’isolant. D’ailleurs, le Code national du bâtiment a mis à jour en juin 2020 les exigences en matière d’isolation et de bris des ponts thermiques (voir FORMES, vol. 16, no 2, « Efficacité énergétique – Rehausser les normes précédentes », p. 46 à 48). Cet élément est maintenant très important dans la conception. Pour répondre à cette demande, il a été nécessaire de repenser la conception des fixations et de leur ajouter un barillet à rondelles isolantes pour réduire les échanges thermiques au minimum.

L’ancrage à écrou papillon Thermal 2-Seal™ est un ancrage à vis unique à utiliser lorsque l’isolant est déjà installé. Il comprend un cylindre à double diamètre avec des rondelles EPDM installées en usine pour sceller à la fois la face de l’isolant et le pare-air/vapeur. Ses ailes thermiques sont conçues pour réduire le transfert thermique. Les ailes thermiques sont fabriquées à partir d’acier encapsulé dans du plastique pour créer une rupture thermique. Le plastique est très résistant aux flammes.

Ainsi, malgré le prix apparemment élevé de certains types d’ancrages, il ne faut pas oublier que c’est dans la pérennité de l’ouvrage que l’acheteur y trouve son compte. Les normes sont sévères et ce n’est pas pour rien. Tant que les propriétaires et les entrepreneurs ne seront pas sensibilisés au choix le mieux adapté à leurs bâtiments, il y aura des risques de chute. Ainsi, il vaut mieux y penser à deux fois, histoire de ne pas recevoir une brique sur la tête !


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