Montréal 2067 – Visions d’architectes La Biosphère, Musée de l’environnement
Architecture — Territoire — Environnement

La Biosphère lançait MTL+ en mai 2019. La nouvelle exposition permanente de ce musée conçu par Richard Buckminster Fuller pour abriter l’ancien pavillon des États-Unis lors d’Expo 67 est un rare hommage à l’architecture et à l’urbanisme dans un musée dédié aux questions environnementales. Des architectes visionnaires proposent des projets environnementaux et sociaux en réinventant de grandes infrastructures montréalaises.

canada.ca/la-biosphere« Pourquoi détruire pour construire la ville de demain ? ». La question est posée aux visiteurs en introduction à l’exposition. La Biosphère souligne que l’impact social et environnemental serait multiplié si l’on rasait les infrastructures existantes.

Pour imaginer le Montréal du futur, 14 firmes d’architectes primées se sont vu confier le mandat de repenser 14 sites différents. Les projets présentés permettent de mieux comprendre les enjeux des changements climatiques sur la société et inspirent un avenir meilleur basé sur le respect de l’environnement. Ce qui rassemble les projets MTL+, c’est l’espoir qu’ils inspirent un avenir meilleur basé sur le respect de l’environnement. Regards sur 14 visions :

Voie maritime par Para-Sol

Projet localisé le long de la voie maritime entre le pont Victoria et l’écluse de Sainte-Catherine qui propose un ruban de 13 km d’aménagements axés sur la santé, le plein air et la contemplation. En 2067, la population de la région est devenue si importante, et les besoins pour de nouveaux espaces si criants que le site s’est réinventé. Les Montréalais peuvent désormais se détendre sur les rives du fleuve, où le plan d’eau est à son plus large. Ils accèdent au site rapidement et sans voiture et la digue est aménagée à la manière des promenades en bord de mer. L’équipe s’est inspirée de la construction du Montréal souterrain vers 1960. À l’époque, les promoteurs immobiliers qui obtenaient des lots près des stations de métro s’engageaient à aménager des aires publiques. Même principe pour la digue.

Station d’épuration par Catalyse urbaine

« L’ancien dépotoir de Pointe-Saint-Charles, longtemps source de nuisances environnementales devient une destination verte », explique Claire Merckaert, ingénieure. En 2067, les eaux usées ne sont plus acheminées vers la vieille centrale d’épuration, mais nettoyées à l’aide de marais filtrants. Ces eaux proviennent du centre-ville et du quartier Pointe-Saint-Sharles. Elles sont acheminées par gravité au point bas de la ville, entre les ponts Champlain et Victoria. Quatre immenses bassins végétalisés y nettoient les eaux usées par les actions combinées des plantes, du vent et du soleil. Puis, l’eau est rendue au fleuve. L’autoroute, qui empêchait l’accès à la rive, est désormais remplacée par une grande promenade riveraine. Un nouveau quartier s’articule autour d’une promenade verte centrale favorable à la biodiversité.

Parc de métaconscience par Affleck de la Riva

Parc de métaconscience au centre du fleuve Saint-Laurent. Dans ce scénario franchement utopiste, un nouveau parc a pris forme. Il offre un lieu de ressourcement et de partage où l’énergie vitale de l’eau alimente le corps et l’esprit. Le Montréal de 2067 est sain physiquement et mentalement. La proposition repose sur l’hypothèse selon laquelle le 22e siècle est marqué par une découverte qui révolutionne notre compréhension du monde : la métaconscience et son développement et transmission dans l’eau.

Espace de déconnexion par Architecture Microclimat + L’Enclume

Espace de déconnexion attaché à une station de métro. En 2067, la pause n’est pas un luxe, mais une obligation de santé publique ! Les autorités fournissent des occasions de déconnexion numérique aux citoyens. Ceci prend la forme de lieux où les individus peuvent se recentrer ou échanger entre eux en toute simplicité, sans interfaces numériques et sans avalanches de données. Pour Guillaume Éthier, sociologue, « l’enthousiasme pour le numérique va décliner. Il faut prévoir la suite, pour que la déconnexion ne devienne pas un privilège. »

 Zones naturelles d’exclusion humaine par Pelletier de Fontenay

Cette équipe invente le concept très contesté de « ZNHE », des « Zones naturelles d’exclusion humaine ». Ces nouveaux espaces sont réservés à la nature au cœur de la ville. Dans un monde imaginaire, Pelletier de Fontenay imagine que des critères de sélection ont permis (dès 2022 !) de cerner les territoires idéaux pour ces nouvelles fonctions. Les terrains choisis étaient généralement mal aménagés, trop asphaltés ou gazonnés. Il s’agissait aussi de lieux dont la vocation était vouée à disparaître ou qui n’offraient plus de valeur sociale. Pensons aux centres commerciaux par exemple, disparus depuis l’apparition de nouveaux modes de consommation. Il existe plusieurs ZNEH à Montréal. Le projet, présenté ici, occupe le secteur qui jadis entourait la place Bourassa.

Espace de mobilité par Big City

Big City repense un lieu de passage très fréquenté à Montréal. La firme imagine un espace de mobilité où il fait bon vivre. L’infrastructure routière peu conviviale qu’est la rue Berri entre les rues Ontario et Cherrier n’est plus la même en 2067. L’artère avait d’abord été pensée pour le passage des voitures entre le centre-ville et le quartier du Plateau Mont‑Royal, mais, dans le Montréal de demain, une nouvelle place, sur la rue Cherrier, surplombe cette zone et agrémente le parcours menant du carré Saint-Louis au parc Lafontaine – deux lieux très fréquentés par les Montréalais.

Réinvention de rues et ruelles par Civiliti

Civiliti réinvente, à grande échelle, les rues et ruelles du Plateau-Mont-Royal. La professeur en design Carmela Cucuzzella explique que « dans cette utopie, les espaces publics permettent aux citoyens de se réapproprier la ville, une ville qui renonce à l’automobile. » C’est fondamentalement une opération de déminéralisation qui a été effectuée. La rue est peu à peu devenue un milieu de vie pour les citoyens. Si des corridors minimaux ont été maintenus pour les véhicules d’urgence, le bitume a graduellement fait place à des boisés, à des prés, et même à des milieux humides.

Requalification du territoire ferroviaire par Studio Jean Verville

L’équipe de Jean Verville voit à la requalification du territoire ferroviaire entre deux quartiers limitrophes. Elle s’intéresse à la cicatrice qui sépare aujourd’hui deux quartiers : le Plateau Mont-Royal et Rosemont–Petite-Patrie. Un long tracé de chemin de fer impose une infranchissable frontière entre deux communautés qui ont pourtant tout à partager. La mise en place d’un train suspendu à sustentation magnétique permet de fusionner les deux quartiers. L’utilisation du couloir aérien permet non seulement de conserver cette importante artère de flux de marchandises, mais aussi d’activer une nouvelle ligne de transport de passagers.

Métropoligne 40 par Consortium Vert l’Avenir

Requalification de la portion de l’autoroute transcanadienne entre les boulevards Saint-Laurent et Pie-IX. Le lieu devient vergers et potagers géants sur une autoroute urbaine. Pour recréer ce grand jardin, en plus de végétaux nectarifères attirant les insectes pollinisateurs, diverses plantes légumières et fruitières sont massivement cultivées sur la Métropoligne 40. Une place importante est réservée aux variétés de fruits et de légumes que cultivaient les premiers colons européens ainsi que les Premières Nations. Un marché public où sont vendues les denrées comestibles produites localement est ouvert à l’année. Il est combiné à un centre de renseignements et d’interprétation situé entre cette infrastructure réinventée et un vaste parc qui existe déjà : le parc Frédéric-Back.

Interprétation de la carrière Francon par Atelier Barda

Atelier Barda réinterprète la carrière Francon. En 2067, des bassins filtrent les eaux usées du secteur. Leur circuit de purification, visible et accessible, offre aux citoyens des plans d’eaux qui favorisent la détente et les loisirs, y compris la baignade. L’eau est filtrée à travers une succession de plateaux. Des zones de sédimentation, de filtration et de lagunage remplacent le système de gestion des eaux usées. L’équipe a travaillé avec un philosophe allemand, Rafael Ziegler. Celui-ci décrit le projet avec lyrisme : « Chérissez l’eau ; ses flots vous entraîneront dans une ancienne friche industrielle, où le roc offre tranquillité et régénération. »

Le laboratoire des lucioles par Collectif Escargo

Le « laboratoire des lucioles » est une réinterprétation des raffineries de l’est (Pointe-aux-Trembles) afin d’y réintroduire la vie. La proposition, un parc de 21 km2 est devenu en 2067 un immense laboratoire sur la biolumiscence qui comporte aussi des espaces culturels. Comme le pétrole n’est presque plus utilisé en 2067, l’immense complexe pétrochimique a été délaissé. Et le réaménagement du territoire s’est fait dans le respect de ce patrimoine industriel où s’enchevêtrent des milliers de kilomètres de pompes et d’oléoducs. Une beauté tragique se dégage de ces ruines pétrolières. Au lieu de détruire les réservoirs, on les conserve, on les réinvente. 

Requalification de berges industrielles par NÓS

NÓS réinvente les berges industrielles du port de Montréal au profit du mouvement de l’eau. L’équipe a travaillé avec l’hydroclimatologue Philippe Gachon qui décrit le projet ainsi : « L’introduction d’espaces de liberté dans la planification urbaine favorise la résilience des infrastructures tout en créant de nouveaux milieux de vie. » Le site, jadis occupé par le port de Montréal, est aujourd’hui inaccessible au public. En 2067, la métropole entretient un nouveau rapport avec le fleuve et ce secteur n’est presque plus industriel. Des accès citoyens sont prévus dans les axes de rues importantes. Même la baignade est devenue possible. Et c’est tant mieux ainsi puisque le nombre de jours de chaleur extrême a augmenté en 2067.

Complexe muséal par Lupien + Matteau

« Un musée, des environnements »… Lupien + Matteau conçoit un nouveau complexe muséal autour de la Biosphère. Alors que le musée actuel concentre ses activités dans un espace restreint – sous le dôme géodésique conçu pour le pavillon des États-Unis de l’Exposition universelle de 1967 –, sa réinvention pour 2067 par Lupien + Matteau greffe plusieurs sites voisins au complexe actuel. En 2067, le musée est pluriel et décloisonné. Il s’intègre à son milieu immédiat : parcs, berges, édifices et ponts. Le site accorde moins de place aux voitures qui doivent se garer à l’intérieur de tours de stationnement discrètes situées le long du pont Jacques-Cartier.

Centre de production alimentaire par T B A

Sur la Rive-Sud de Montréal, inséré dans un terrain vague de l’échangeur autoroutier 10-30, le site devient un lieu de socialisation et de production alimentaire : un « Nœud productif habitable ». Ici, la technologie, combinée à de nouvelles approches en matière de conception et de planification, transforme la vie suburbaine. Pour éliminer la dépendance à une agriculture industrialisée et polluante, on a installé des infrastructures de production alimentaire locales, là où l’on trouvait des échangeurs autoroutiers. Ces infrastructures sont à la lisière de la banlieue et des terres agricoles. Ces nouveaux centres, comme ici, à l’intersection des autoroutes 10 et 30, sont devenus des nœuds importants de transport et de commerce. Mieux ? Ils favorisent la sociabilité.

Montréal+ – L’exposition

La Biosphère prévoit ajouter des éléments à l’exposition MTL+ d’ici 2020.

Une œuvre de l'artiste Sébastien Gaudette est intégrée au plafond au centre de l'exposition. Par ses reproductions de papiers chiffonnés – et d’idées abandonnées – l’artiste souhaite notamment démontrer que c’est en apprivoisant nos échecs que l’on peut avancer. Il présente à la Biosphère une allégorie du recommencement qu’il considère comme centrale au concept de développement durable. « Savoir se réinventer; savoir se retrousser les manches en se basant sur son expérience passée, mais sans en répéter les erreurs. »

Au premier plan de la photo, adossé aux quatre bannières, la table à dessin de Benoît Bégin (1922-2018), pionnier de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’architecture de paysage au Québec. Bégin expliquait en 1996 : « Les trames urbaines (…) sont improvisées, désordonnées, d’aspect brutal et insouciantes de leur raison d’être : le citoyen. » Les visiteurs y sont invités à « colorier l'avenir » dans le cahier à colorier MTL+.

Ancien pavillon des États-Unis, la Biosphère est la plus grande réalisation de l’architecte Richard Buckminster Fuller, l’un des plus grands architectes du 20e siècle. Fuller était à la fois architecte, inventeur et précurseur de la durabilité environnementale. Il est cité dans l’exposition MTL+ : « Nous sommes appelés à être les architectes de l’avenir, pas ses victimes. »

Jusqu’au 30 novembre 2019, le musée est ouvert tous les jours de 10 h à 17 h. Entrée : 10 $ étudiants et 15 $ adultes. Le musée est situé en plein cœur du parc Jean-Drapeau. La façon la plus simple de s’y rendre, c’est par métro!

Pour information


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