Un transport hors du commun Projet Metabolic Montréal  – Ellie Kingsley, Nisha Bhathella, Daisy Zhang, Tuan Pham et Patricia Poiana

Le Centre Canadien d’Architecture (CAA) a révélé les gagnants de la Charrette interuniversitaire 2023. Pour cette édition, les équipes devaient se pencher sur l’expansion du REM de Montréal en tant qu’occasion singulière d’expression des valeurs urbaines et sociales de la métropole.

Cette année, la Charrette du CCA, intitulée Un transport hors du commun, invitait à requestionner le rôle du transport en commun au quotidien. Les stations de transit sont des infrastructures publiques et des monuments civiques dont l’envergure trouve peu d’égaux dans les développements urbains. Le transport en commun doit faire face à la croissance des villes et à l’impératif de réduction des émissions de gaz à effet de serre certes, mais doit-il se contenter de déplacer les gens efficacement ? Pourrait-il être plus ambitieux ? Alors que l’anxiété sociale engendrée par la pandémie perdure, les transports peuvent-ils nous aider à guérir notre sociabilité ?

Les équipes étaient invitées à se pencher sur un défi conçu par Andrew Salzberg, conseiller pédagogique à Columbia et conférencier au MIT, qui proposait l’expansion du REM de Montréal en tant qu’occasion singulière d’expression des valeurs urbaines et sociales de la métropole. M. Salzberg proposait de réfléchir à plusieurs questions telles que : Comment les investissements dans le transport en commun peuvent aider à exprimer une vision optimiste du futur montréalais ? Comment le design des stations de transit et du tissu urbain adjacent peuvent poser les assises de la ville postpandémique ? Comme le transport peut créer des infrastructures transcendant ses impératifs de déplacement ?

Le jury était composé de Gilles Saucier, architecte et associé chez Saucier+Perrotte Architectes depuis sa fondation en 1988, et Florence Paulhiac, qui détient la Chaire internationale sur les usages et pratiques de la ville intelligente à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. « Avoir eu l’opportunité de découvrir ces projets a été très stimulant, note Mme Paulhiac. Les équipes ont démontré une grande créativité en proposant des projets axés sur les enjeux contemporains de mobilité, tout en allant plus loin avec des intentions innovantes tournées vers les usagers des transports collectifs, mais aussi les diverses populations locales ou en visite parfois. La démonstration a été faite que ces infrastructures sont polymorphes et doivent être conçues comme des espaces innovants. Ce sont désormais des lieux de vie, de nature et d’expériences enrichissantes. » 

L’équipe gagnante, composée de Xavier St-Jean, Joëlle Tétreault et Marc Fournier, tous de l’Université de Montréal, a proposé une série d’interventions temporaires dont l’objectif est de faciliter l’appropriation et la polyvalence à accueillir des événements d’échelles variables. Le jury a souligné l’attention particulière portée à la temporalité des saisons et à la programmation unique associée à l’identité des quartiers de chaque station de métro. Le jury a également apprécié l’utilisation du collage pour communiquer l’atmosphère du projet Il fait beau dans l’métro. Le jury souligne « un projet créatif et original, qui propose des intentions d’animation et d’expériences dans les espaces de circulation des stations (espaces traditionnellement de passage et circulation) ; une contextualisation par station intéressante ; une esthétique très intéressante ; lier l’expérience aux activités saisonnières semble une idée réaliste. »

Première position – Il fait beau dans l’métro 
« Il fait beau dans l’métro propose de tirer profit du potentiel du réseau à accueillir les appropriations citoyennes en accélérant et démultipliant les événements pouvant y avoir lieu, les organisant selon une programmation annuelle. Les interventions temporaires visées prennent place sur l’ensemble du réseau et naissent à l’intersection de la forme des stations –  structure, morphologie – et des spécificités culturelles locales –l’identité d’un quartier, ses acteurs, ses groupes communautaires. Ces programmes éphémères sont de durée et de nature variées, déterminées par et pour les communautés locales visées. » –  Xavier St-Jean, Joëlle Tétreault et Marc Fournier 

 

La seconde place a été remise à l’équipe du projet Metabolic Montréal, composé de Ellie Kingsley, Nisha Bhathella, Daisy Zhang, Tuan Pham et Patricia Poiana de l’Université de Waterloo. « Une intention forte et intéressante qui est originale et stimulante, mais aurait mérité une compréhension plus approfondie du contexte local ; une réconciliation entre des infrastructures en béton et de la nature autour de la biodiversité et de la lutte aux ilots de chaleur ; un marqueur de la présence du réseau en l’identifiant au sol par de la verdure. », notent Florence Paulhiac et Gilles Saucier.

Deuxième position – Metabolic Montréal
« Le nouveau système REM de Montréal, qui relie les périphéries au centre-ville, offre une opportunité unique de mouvement et de migration. Grâce à un système socialiste d’échange de semences en guise de tarif et au réensauvagement des espaces adjacents au REM, ce dernier n’est plus simplement un moyen d’atteindre une destination, mais une partie intégrante de l’écosystème urbain. Un réseau d’espaces verts urbains planifiés et spontanés remplit une multitude de fonctions, notamment la lutte contre l’effet d’ilot de chaleur, l’atténuation des inondations et la création de corridors pour la migration des animaux. De plus, en réponse à la baisse post-pandémique de l’utilisation des transports en commun, le REM réimaginé revigore le mouvement urbain et encourage les citadins à explorer les périphéries de Montréal et la richesse des connaissances écologiques qui l’accompagnent. »  – Ellie Kingsley, Nisha Bhathella, Daisy Zhang, Tuan Pham et Patricia Poiana

 

La troisième position a été remportée par Yekta Khalaji, Sarah Khenfir, Alissa Muro, Fadila El Kadiri et Amelia Dryburgh-Bouchard de l’Université de Montréal, pour leur projet RIBBON. Le jury a souligné « une proposition qui permet de retravailler les “arrêts de bus” et de les améliorer en des espaces publics et de rencontres. La proposition aurait gagné en force en se développant également sur les espaces linéaires de la rue. »

Troisième position – RIBBON  
« Au cours des dernières années, nous avons assisté à un changement culturel dans la façon dont nous concevons les interactions humaines, la socialisation et les transports publics. RIBBON est un projet qui propose un arrêt de bus comme un moment où les citoyens font une pause dans le rythme rapide de la vie urbaine et se croisent. Il repense les places publiques et les coins de rue traditionnels de la ville dans un contexte contemporain fortement dominé par la technologie et les transports. À la fois Abribus et espace social, il nous permet de rétablir les liens sociaux perdus à la suite de la pandémie. Repenser les espaces d’attente des transports publics serait l’une des stratégies pour mettre en avant l’interaction sociale et attirer les usagers. La place publique est le prolongement de l’abribus. Le toit est transformé en mobilier, puis en bancs et en tables appropriables. »  –  Yekta Khalaji, Sarah Khenfir, Alissa Muro, Fadila El Kadiri et Amelia Dryburgh-Bouchard

 

Le jury a également décerné une mention spéciale à Sophie Howard, Anne-Marie Prenevost, Lauren Kim, Liliane Poulin-Dube et Clara Cartault de l’Université McGill pour leur proposition intitulée La rue de la ligne. « Un fort potentiel dans cette proposition, souligne le jury, qui aurait pu se focaliser sur les repères et les accès au réseau de métro ; un usage intéressant du mobilier urbain et de l’éclairage en tant que signalétique. » 

Mention spéciale – La rue de la ligne   
« Le REM et le bus sont visibles en surface et font partie intégrante de l’identité de la rue. Le métro, cependant, est caché sous le sol, “diagramatiquement” abstrait et déconnecté du tissu urbain de la ville, malgré sa place symbolique dans l’infrastructure de Montréal. Notre proposition crée un lien visuel au métro au niveau de la rue pour restaurer un sentiment d’émerveillement dans la pensée collective. Le mobilier offre des espaces d’interaction publics tout le long des lignes de métro. L’installation, placée directement au-dessus des tunnels du métro, offre un système de repérage des stations et oriente le réseau de transport souterrain relativement à l’environnement construit au-dessus du sol. » – Sophie Howard, Anne-Marie Prenevost, Lauren Kim, Liliane Poulin-Dube et Clara Cartault

 

La Charrette interuniversitaire annuelle, initiée en 1995 par le CCA, est ouverte aux étudiants et aux nouveaux diplômés en architecture, architecture de paysage, urbanisme, design environnemental, design urbain, design industriel et design graphique. Cette année, la Charrette est organisée par le CCA en collaboration avec l’Université McGill, l’Université de Montréal et l’Université du Québec à Montréal.

La Charrette interuniversitaire 2023 était ouverte à tous les étudiants inscrits dans une université canadienne au premier et au deuxième cycle, ainsi qu’aux récents diplômés. En tout, le jury a minutieusement étudié treize propositions. Six équipes provenaient de l’Université de Montréal, trois de McGill, et quatre respectivement de l’Université Laval, l’Université de Carleton, l’Université de Waterloo et l’Université de Colombie-Britannique.

Toute l’information sur la Charrette interuniversitaire 2023 du CCA peut être trouvée ici.


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